dimanche 19 septembre 2010

Un artiste, c'est celui qui a le don d'éclairer une chambre noire. (E. Cantona)

Passons à une note plus joyeuse...

Au urgences, l’avantage avec l’absence de « sélection » des patients, ce sont les barres de rire… la porte est toujours ouverte donc on laisse entrer les artistes ! Ils ont l’avantage d’avoir un traducteur variablement fiable, l’IAO ou Infirmier d’Accueil et d’Orientation qui nous présente les patients en fonction de ce qu’il a pu comprendre du motif exposé par le patient ou de l’analyse graphologique de la lettre du confrère…
En vrac.

« Patient âgé venant pour traumatisme crânien suite à une chute de carotte. » Il était sur un marché ? « Patient algique (= douloureux) déjà vu là-bas pour une chute de carotte » Ce qui se traduit par « patient vu à l’hôpital d’Alger pour un traumatisme crânien sur le chantier où il travaille, une carotte de forage lui est tombée dessus » Mais bien sûr ! Le courrier de l’hôpital d’Alger était adressé à « Monsieur l’interne des urgences de Neurochirurgie » Ce sera donc moi !

Du même acabit, tous les courriers adressés à « Monsieur l’interne des urgences » ou « Monsieur l’interne des urgences de cardiologie » sont aussi pour moi il paraît. J’ai le dos large contrairement au suivant.

Patient venant pour douleurs dorsales. Après interrogatoire, il a déjà eu 2 prescriptions successives d’antalgiques adaptés progressivement. Il se présente car il a toujours mal . Après maintes explications, il ne prend que l’anti-inflammatoire, sans le protecteur gastrique de rigueur dans son cas, et n’a pas jugé bon de prendre le puissant antalgique associé : les médicaments lui font peur… moi qui me voyait déjà le mettre sous morphine, j’ai freiné des deux fers… et ai évité de rajouté des médocs à la longue liste. Réassurance, et au suivant.

Traumatisme cranien encore : il s’est cogné la tête contre la poignée en se relevant des WC. Chapeau bas !

On retourne en Afrique : fractures de vertèbres suite à une chute de dromadaire. Renversant.

Malaise vagal en se brûlant au premier degré avec son fer à lisser. Victime de la mode, telle est son nom de code !

Patient adressé par un grand ponte local de la chirurgie dentaire à cause d’un malaise type « petite crise d’épilepsie » pendant l’anesthésie locale. Je rappelle le professeur pour connaître le déroulement des faits. « Tension artérielle du patient pendant le malaise ? » « 8/4 » « Son pouls » « pardon ? » « sa fréquence cardiaque » « désolé, nous n’avions pas le matériel » Je croyais qu’en secourisme de base on utilisait juste l’index et le majeur d’une main au choix… pauvre chirurgien…

Patient frôlant la soixantaine venant accompagné de son épouse pour une amnésie transitoire. C'est un phénomène plutôt rare et bénin : pas de cause franchement avérée, pas de conséquences, risque de récidive quasi nul. Ca dure quelques heures, ça fait très peur, mais la mémoire revient en laissant un trou noir de la période d'amnésie. Il s'agit de préciser au mieux les détails pour être sur du diagnostic. Monsieur avoue donc d'emblée qu'il a fait l'amour avec sa femme juste avant, je retrouve ensuite Madame qui précise gênée que ça a suivi "un petit calin"... Ces détails étaient en fait inutile, et j'ai oublié de leur préciser en partant qu'ils ne fallait pas que ça les privent de continuer.

Mes favoris : la kyrielle de petits caïds du samedi soir qui arrivent balafrés . La question n’est pas techniquement indispensable mais vraiment tentante « comme vous êtes vous fait ça ? » La réponse a ses variantes « un mec que je ne connais pas m’a regardé bizarre / a cru que je le regardait bizarre / a regardé mes potes bizarre ect » C’est subtil les relations masculines contrairement à ce que l’on pense ! A cela s’ajoute la collection de fracture de la tête du 5è métacarpe (auriculaire) pour laquelle la cause, officielle, est invariable « j’étais véner, j’ai cogné dans un mur », classiquement, vu qu’il faut toujours donné des noms propres aux grandes œuvres, c’est « la fracture du Con ».