Après un mois de stage, les choses avancent ! J’ai pu vérifier combien la citation est vraie : chez un médecin installé depuis 10 ans qui ne fait pas le plein de patients malgré son isolement. Politiques, un problème à solutionner !
J’ai pu faire mes premières consultations seules, et le bilan est mitigé, la position de stagiaire n’est pas évidente. Les patients doivent déjà accepter de faire la consultation sans « le docteur ». Ensuite, il faut briser la glace, reprendre en chemin une histoire parfois vieille de plusieurs années. Savoir gérer les exigences. Beaucoup de patients ont la fâcheuse tendance à présenter un motif de consultation, ou ne réclamer qu’un « simple renouvellement » qui guide mon interrogatoire et mon examen. Une fois rhabillés, ils me présentent souvent un second motif qui mériterait lui-même un 2è interrogatoire et un 2è examen encore plus exigeants. Comme je ne suis pas « chez moi », je ne peux pas bousculer les « patients » au risque de faire perdre par ma faute un « client » à mon praticien. Cruels dilemmes.
J’ai aussi pu remarquer combien l’institution hospitalière étant encore ancrée en moi. Quand mon prat (c’est comme ça qu’on appelle nos chefs ambulatoires) s’énerve pour un rien dès que l’hôpital fait trop ou pas assez, je tente de justifier, de faire comprendre, croyant naïvement que les deux sphères ne travaillent pas l’une contre l’autre comme se plait à croire chaque bord.
Ce mois-ci, on a adressé 4 patients à l’hôpital pour des motifs bien différents. Un ch’ti de quatre fois vingt ans pour décompensation cardio-respiratoire. Je me suis surtout occupé d’appeler le SAMU pour avoir une ambulance, bizarre de reconnaitre la voix du médecin régulateur !
Une petite fille de 3 ans, vue sans mon prat, qui venait pour douleurs abdominales et vomissements. La maman me signale des tâches sur les jambes. Ces tâches ne ressemblent à rien des bouquins, s’efface un peu à la pression, voilettes comme des bleus et d’allure toutes différentes par leur taille et leur aspect, un peu crouteuses et surélevées parfois. Je suis seule et mes lacunes en pédiatrie se font sentir. Appel à mon prat qui va dans le sens de mes doutes : un purpura rhumatoïde, maladie inflammatoire de l’enfant. Je l’adresse aux urgences en précisant mon doute. Le diagnostic est finalement confirmé et la petite souffre toujours du bidon malgré les fortes doses de corticoïdes par voie veineuse.
La troisième est une jeune femme avec 3 enfants terrassée par une sciatique qu’elle a aggravée en allant travailler malgré notre insistance. Les doses de morphines sont allées croissantes jusqu’à ce que ça ne soit plus raisonnable de la garder à la maison. Mon prat l’adresse en neurochirurgie car l’opération n’est plus loin. Forte de mon semestre aux urgences, je lui dis que personne ne se souciera du nom du neurochirurgien en haut du courrier, elle n’a pas d’indication chirurgicale en urgences. Elle est maintenant en rhumatologie, pari gagné… C’est le sort compliqué d’une SMICarde mère célibataire dont le travail à l’usine ne tient à pas grand-chose, et qui ne résistera pas à une demande d’adaptation de poste pour invalidité.
Le dernier jour, je suis seule pour voir une jeune maman depuis 6 jours, sortie hier de la maternité. Malgré sa fièvre à 40, le SAMU lui a conseillé de voir son médecin pour une « attaque de panique». Je la vois, elle, ses douleurs lombaires, sa fièvre à 40, sa tachycardie à 100 et sa tension à 9/6. J’écris donc un joli courrier à mon collègue des urgences gynéco, que je connais bien puisque nous étions co-internes le semestre dernier. J’explique que je n’ai pas fait l’examen gynéco, faute de vouloir faire subir le doublon (voire la triplette en comptant l’externe des urgences). Bonheur rare de pouvoir l’appeler sur son portable pour prendre les nouvelles en live. C’était une pyélonéphrite à deux doigts du sepsis sévère et ils l’ont gardée.
4 patients adressés aux urgences en un mois. Les quatre ont été hospitalisés, en campagne on ne peut pas dire qu’on surcharge les urgences pour rien !
A présent, je m’installe chez un médecin de ville. Histoire de changer de paysage.
J’ai pu faire mes premières consultations seules, et le bilan est mitigé, la position de stagiaire n’est pas évidente. Les patients doivent déjà accepter de faire la consultation sans « le docteur ». Ensuite, il faut briser la glace, reprendre en chemin une histoire parfois vieille de plusieurs années. Savoir gérer les exigences. Beaucoup de patients ont la fâcheuse tendance à présenter un motif de consultation, ou ne réclamer qu’un « simple renouvellement » qui guide mon interrogatoire et mon examen. Une fois rhabillés, ils me présentent souvent un second motif qui mériterait lui-même un 2è interrogatoire et un 2è examen encore plus exigeants. Comme je ne suis pas « chez moi », je ne peux pas bousculer les « patients » au risque de faire perdre par ma faute un « client » à mon praticien. Cruels dilemmes.
J’ai aussi pu remarquer combien l’institution hospitalière étant encore ancrée en moi. Quand mon prat (c’est comme ça qu’on appelle nos chefs ambulatoires) s’énerve pour un rien dès que l’hôpital fait trop ou pas assez, je tente de justifier, de faire comprendre, croyant naïvement que les deux sphères ne travaillent pas l’une contre l’autre comme se plait à croire chaque bord.
Ce mois-ci, on a adressé 4 patients à l’hôpital pour des motifs bien différents. Un ch’ti de quatre fois vingt ans pour décompensation cardio-respiratoire. Je me suis surtout occupé d’appeler le SAMU pour avoir une ambulance, bizarre de reconnaitre la voix du médecin régulateur !
Une petite fille de 3 ans, vue sans mon prat, qui venait pour douleurs abdominales et vomissements. La maman me signale des tâches sur les jambes. Ces tâches ne ressemblent à rien des bouquins, s’efface un peu à la pression, voilettes comme des bleus et d’allure toutes différentes par leur taille et leur aspect, un peu crouteuses et surélevées parfois. Je suis seule et mes lacunes en pédiatrie se font sentir. Appel à mon prat qui va dans le sens de mes doutes : un purpura rhumatoïde, maladie inflammatoire de l’enfant. Je l’adresse aux urgences en précisant mon doute. Le diagnostic est finalement confirmé et la petite souffre toujours du bidon malgré les fortes doses de corticoïdes par voie veineuse.
La troisième est une jeune femme avec 3 enfants terrassée par une sciatique qu’elle a aggravée en allant travailler malgré notre insistance. Les doses de morphines sont allées croissantes jusqu’à ce que ça ne soit plus raisonnable de la garder à la maison. Mon prat l’adresse en neurochirurgie car l’opération n’est plus loin. Forte de mon semestre aux urgences, je lui dis que personne ne se souciera du nom du neurochirurgien en haut du courrier, elle n’a pas d’indication chirurgicale en urgences. Elle est maintenant en rhumatologie, pari gagné… C’est le sort compliqué d’une SMICarde mère célibataire dont le travail à l’usine ne tient à pas grand-chose, et qui ne résistera pas à une demande d’adaptation de poste pour invalidité.
Le dernier jour, je suis seule pour voir une jeune maman depuis 6 jours, sortie hier de la maternité. Malgré sa fièvre à 40, le SAMU lui a conseillé de voir son médecin pour une « attaque de panique». Je la vois, elle, ses douleurs lombaires, sa fièvre à 40, sa tachycardie à 100 et sa tension à 9/6. J’écris donc un joli courrier à mon collègue des urgences gynéco, que je connais bien puisque nous étions co-internes le semestre dernier. J’explique que je n’ai pas fait l’examen gynéco, faute de vouloir faire subir le doublon (voire la triplette en comptant l’externe des urgences). Bonheur rare de pouvoir l’appeler sur son portable pour prendre les nouvelles en live. C’était une pyélonéphrite à deux doigts du sepsis sévère et ils l’ont gardée.
4 patients adressés aux urgences en un mois. Les quatre ont été hospitalisés, en campagne on ne peut pas dire qu’on surcharge les urgences pour rien !
A présent, je m’installe chez un médecin de ville. Histoire de changer de paysage.