Grossesse nerveuse !
Des rires aux larmes, après le stage aux urgences, j’ai trouvé un nouvel ascenseur émotionnel : les consultations des urgences gynécologiques !
De loin le tube le plus fréquent, ce sont les « métrorragies T1 » alias « femmes qui saignent en début de grossesse ». Comme un cours de sémiologie, on retrouve une à une les causes variables produisant toujours le même effet physiologique, mais toujours une cascade de réactions.
D’abord, les causes rares, graves comme la grossesse extra-utérine à laquelle je pense mais que je croise peu, passons. De même, la lyse d’un jumeau : perte d’un deuxième qu’on aurait jamais connu si on n’avait pas saigné avant la première échographie. Il paraît que la mort d’un jumeau affecte l’autre bébé, est-ce vrai à ce stade : une maman avait posé la question au 8è mois, mais au premier ?
Ensuite, fréquemment, on n’a pas la réponse de suite et on embarque les parents dans une course de fond stressante ponctuée soit de tests sanguins où les chiffres devraient augmenter soit d’échographies si la chose est déjà visible jusqu’à ce qu’un cœur batte. Moment d’émotion ultime et rare où la technologie rassure quand on peut montrer l’image qui se met en branle.
Une fois la réponse obtenue sur la « viabilité » de la grossesse explorée, on divise donc notre panel de femmes en 2 groupes : celles qui font une fausse-couche et celle qui n’en font pas. Et là, on croit voir la consultation prendre un autre tournant.
Souvent, pour les femmes jeunes qui ont l’avenir devant elle, la fausse couche est une étape à digérer mais la vie continue. On appuie un joli discours sur la fréquence élevée du phénomène, l’absence de causalité du couple et le choix de la nature de ne pas développer un bébé déjà malade. Sortant un peu du sentimentalisme primaire même si la passe est difficile, dans ce monde de l’enfant-roi où la mortalité infantile n’est plus, voir ces femmes afficher leur fragile grossesse au 1er trimestre voire dès le premier test-pipi victorieux reste complètement naïf . Mesdames, 15% des embryons ne passent pas le cap… ce n’est pas la fac qui me l’a appris mais ma maman en prenant soin de retarder l’annonce de l’arrivée de ma petite sœur… peut-être serait-il judicieux que les jeunes filles aient conscience de cet état de précarité.
Mais l’exercice devient périlleux quand certaines ont entendu déjà au moins 3 fois le laïus sans parvenir au 2è trimestre, ou celles qui font des bébés tard et voient leur fertilité décliner dangereusement. Comme récemment une dame de 37 ans qui tremblait à l’idée de refaire une deuxième fausse couche en un an venue aux urgences à 5h après 3 gouttes de sang en 30 minutes. Persuadée de la précocité de sa démarche, je m’attendais un voir un petit vaillant… mais je n’ai jamais aussi bien vu un petit cœur faute de mouvements associés… Madame a pleuré très fort, Monsieur a crié très fort, et moi je n'ai jamais pu les apaiser faute de tact à propos à cette heure de garde avancée. Toute la journée, elle a pesté contre la « bonne femme » qui a fait la diseuse de mauvaise-aventure…
Enfin, pour l’autre moitié, il y a les bonnes nouvelles : les placentas facétieux qui saignotent alors que bébé va bien… le plus souvent l’image du cœur rassure jusqu’à ce week-end : une dame qui fond en larmes d’avoir fait des fausses couches quand elle voulait un troisième et qui regrette de voir celui-ci encore en vie alors qu’elle avait rendez-vous pour aller avorter ce matin car son couple bat de l’aile… le sort est parfois injuste !
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