Ou la chronique d’un échec annoncé.
Hier, les étudiants en 6è année de médecine ont vu s’annuler à deux reprises la dernière épreuve des ECN, une Lecture Critique d’Article. Pour rappel, les ECN, ex-« concours de l’internat » permet de classer plus de 7000 étudiants sur 1000 points afin qu’ils puissent choisir leur spécialité et ville d’internat. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’un examen capital pour leur future carrière, et un cap symbolique important, pour ceux qui, comme moi, sont un peu moins ambitieux.
L’épreuve de LCA est récente, elle existe depuis 2009, j’avais donc participé à la première mouture. Cette épreuve avait fait largement débat puisqu’elle devait figurer aux ECN 2004 mais les étudiants ne s’estimant pas préparés, l’organisation a été repoussée en 2008. En 2007, un gros mouvement étudiant dans lequel j’étais largement investie du fait de mes fonctions associatives, s’était mobilisé pour retirer l’épreuve. A l’époque, les arguments portaient sur le manque de préparation à l’examen dans les facultés et inéquité de préparation entre les facs malgré le report. En outre, alors que l’objectif des ECN est le classement, et le gros problème le manque de point aux épreuves, la LCA devait combler par 100 points supplémentaires ce hiatus où un point vaut 20 rangs de classement. Des études montrent que cette épreuve n’est pas discriminante, i.e. la courbe de Gauss des notes est haute ; ce qui signifie que la plupart des étudiants se concentre autour de notes similaires et que donc le classement se joue à pas grand-chose, donc l’épreuve n’apporte rien… A l’époque, il nous avait été principalement reproché le fait que l’idée de critiquer des articles scientifiques était pédagogiquement fondamentale « et que donc » elle avait sa place aux ECN. Sur le plan pédagogique, nous ne contestions pas les bénéfices. Encore aujourd’hui je suis ravie d’avoir gardé quelques bases pour lire entre les lignes les graphiques colorés des visiteurs médicaux des grandes firmes pharmaceutiques. Mais mettre cette épreuve aux ECN alors que la correction, forcément critique et donc critiquable, ferait valser les classements des étudiants comme un chien dans un jeu de quilles, nous révulsait.
Au final, nous avions réussi à reporter la première édition d’une année, de 2008 à 2009, en ne notant l’épreuve que sur 50 points lors de la première édition, maigre lot de consolation, un échec personnel notoire. Juste une session d’entrainement pour syndicalistes en herbe en vue du mouvement contre les restrictions d’installation qui a suivi. J’étais plutôt résignée jusqu’au passage de l’épreuve. Les surligneurs sont théoriquement interdits ce qui complique l’analyse d'un article de 4 pages, mais ils avaient été aléatoirement autorisés selon les centres d’examen. De même qu’hier, la consigne n’avait pas été entièrement rédigée sur les copies et nous avions dû recopier en début d’épreuve une phrase sur la rédaction du résumé de l’article, partie de l’épreuve inflexible et inscrite dans la loi : 5 ans de report pour en arriver là.
Hier, les DCEM 4 ont planché une première fois dans la matinée mais leurs copies n’ont pas été récupérées. Après plus de 2h30 de composition, les erreurs de rédaction du sujet et sa mise en page ont fait douter sur un recours, annulation qui aurait donc pu être anticipée : il suffisait d’une relecture attentive avant impression. Les étudiants ont donc été reconvoqués dans l’après-midi à une session de rattrapage qui a rapidement été annulée à cause de problèmes logistiques dans la distribution des copies. Alors que cette session de secours est prévue par la loi, le Centre National de Gestion (CNG) a omis de s’y préparer…
Comme lors d’annulation d’épreuve au concours de première année, cela prouve l’incompétence et le manque de considération des autorités. Je ne vais pas mettre tout le monde dans un même papier mais ce genre d’erreur repose sur quelques têtes, celles d’irresponsables qui n’ont aucune idée de la responsabilité qu’ils se voient attribuer. Dans le cas du CNG, ils organisent des concours tous les ans pour divers corps de la fonction publique hospitalière, et en particulier le concours de l’internat depuis des lustres. Sur le plan de logistique, ils semblaient être des as : nos sujets sont acheminés dans les centres d’examen par des convoyeurs de fonds, les tables prévues sont immenses, il y a 2 surveillants par zone de 20 étudiants ect. Dans les faits, on joue notre avenir sur des sujets mal ficelés, des corrections sujettes à débat entre les correcteurs (la médecine n’est certes pas une science exacte), un manque de communication entre les centres où à l’heure de la visioconférence, le téléphone en liaison directe « avec Paris » (le Ministère de la Santé) fais le même bruit que celui de mes grands-parents.
Les étudiants, qui ont pris des billets d’avions pour des vacances bien méritées ou des stages dans les DOM-TOM et à l’étranger, qui doivent poser des congés car ils sont déjà internes ou de faisant-fonction, doivent maintenant attendre une date d’une reconvocation d’ici le 24 juin, quand le CNG aura réussi à louer à grand frais 7 parcs d’expositions à la même date ce qu’aucun producteur de tournée n’improviserait. Aux étudiants de saturer en si peu de temps les parcs hôteliers de ces villes alors qu’ils s’y prennent d’habitude 10 mois à l’avance. Dans un second temps, ils essuieront les plâtres d’un amphithéâtre de garnison (où ils choisissent leur poste d’interne) dématérialisé, par informatique dans chaque faculté et là encore, le CNG n’a pas pu fournir aux étudiants ni à leurs responsables pendant les épreuves les « détails » pratiques de cette « innovation ». Mais ces soucis logistiques ne sont rien face au stress des derniers jours de 3 années de bachotage intensif où des étudiants jouent leur avenir. A tous mes amis D4, je souhaite beaucoup de courage et tout mon soutien.
Hier, les étudiants en 6è année de médecine ont vu s’annuler à deux reprises la dernière épreuve des ECN, une Lecture Critique d’Article. Pour rappel, les ECN, ex-« concours de l’internat » permet de classer plus de 7000 étudiants sur 1000 points afin qu’ils puissent choisir leur spécialité et ville d’internat. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agit d’un examen capital pour leur future carrière, et un cap symbolique important, pour ceux qui, comme moi, sont un peu moins ambitieux.
L’épreuve de LCA est récente, elle existe depuis 2009, j’avais donc participé à la première mouture. Cette épreuve avait fait largement débat puisqu’elle devait figurer aux ECN 2004 mais les étudiants ne s’estimant pas préparés, l’organisation a été repoussée en 2008. En 2007, un gros mouvement étudiant dans lequel j’étais largement investie du fait de mes fonctions associatives, s’était mobilisé pour retirer l’épreuve. A l’époque, les arguments portaient sur le manque de préparation à l’examen dans les facultés et inéquité de préparation entre les facs malgré le report. En outre, alors que l’objectif des ECN est le classement, et le gros problème le manque de point aux épreuves, la LCA devait combler par 100 points supplémentaires ce hiatus où un point vaut 20 rangs de classement. Des études montrent que cette épreuve n’est pas discriminante, i.e. la courbe de Gauss des notes est haute ; ce qui signifie que la plupart des étudiants se concentre autour de notes similaires et que donc le classement se joue à pas grand-chose, donc l’épreuve n’apporte rien… A l’époque, il nous avait été principalement reproché le fait que l’idée de critiquer des articles scientifiques était pédagogiquement fondamentale « et que donc » elle avait sa place aux ECN. Sur le plan pédagogique, nous ne contestions pas les bénéfices. Encore aujourd’hui je suis ravie d’avoir gardé quelques bases pour lire entre les lignes les graphiques colorés des visiteurs médicaux des grandes firmes pharmaceutiques. Mais mettre cette épreuve aux ECN alors que la correction, forcément critique et donc critiquable, ferait valser les classements des étudiants comme un chien dans un jeu de quilles, nous révulsait.
Au final, nous avions réussi à reporter la première édition d’une année, de 2008 à 2009, en ne notant l’épreuve que sur 50 points lors de la première édition, maigre lot de consolation, un échec personnel notoire. Juste une session d’entrainement pour syndicalistes en herbe en vue du mouvement contre les restrictions d’installation qui a suivi. J’étais plutôt résignée jusqu’au passage de l’épreuve. Les surligneurs sont théoriquement interdits ce qui complique l’analyse d'un article de 4 pages, mais ils avaient été aléatoirement autorisés selon les centres d’examen. De même qu’hier, la consigne n’avait pas été entièrement rédigée sur les copies et nous avions dû recopier en début d’épreuve une phrase sur la rédaction du résumé de l’article, partie de l’épreuve inflexible et inscrite dans la loi : 5 ans de report pour en arriver là.
Hier, les DCEM 4 ont planché une première fois dans la matinée mais leurs copies n’ont pas été récupérées. Après plus de 2h30 de composition, les erreurs de rédaction du sujet et sa mise en page ont fait douter sur un recours, annulation qui aurait donc pu être anticipée : il suffisait d’une relecture attentive avant impression. Les étudiants ont donc été reconvoqués dans l’après-midi à une session de rattrapage qui a rapidement été annulée à cause de problèmes logistiques dans la distribution des copies. Alors que cette session de secours est prévue par la loi, le Centre National de Gestion (CNG) a omis de s’y préparer…
Comme lors d’annulation d’épreuve au concours de première année, cela prouve l’incompétence et le manque de considération des autorités. Je ne vais pas mettre tout le monde dans un même papier mais ce genre d’erreur repose sur quelques têtes, celles d’irresponsables qui n’ont aucune idée de la responsabilité qu’ils se voient attribuer. Dans le cas du CNG, ils organisent des concours tous les ans pour divers corps de la fonction publique hospitalière, et en particulier le concours de l’internat depuis des lustres. Sur le plan de logistique, ils semblaient être des as : nos sujets sont acheminés dans les centres d’examen par des convoyeurs de fonds, les tables prévues sont immenses, il y a 2 surveillants par zone de 20 étudiants ect. Dans les faits, on joue notre avenir sur des sujets mal ficelés, des corrections sujettes à débat entre les correcteurs (la médecine n’est certes pas une science exacte), un manque de communication entre les centres où à l’heure de la visioconférence, le téléphone en liaison directe « avec Paris » (le Ministère de la Santé) fais le même bruit que celui de mes grands-parents.
Les étudiants, qui ont pris des billets d’avions pour des vacances bien méritées ou des stages dans les DOM-TOM et à l’étranger, qui doivent poser des congés car ils sont déjà internes ou de faisant-fonction, doivent maintenant attendre une date d’une reconvocation d’ici le 24 juin, quand le CNG aura réussi à louer à grand frais 7 parcs d’expositions à la même date ce qu’aucun producteur de tournée n’improviserait. Aux étudiants de saturer en si peu de temps les parcs hôteliers de ces villes alors qu’ils s’y prennent d’habitude 10 mois à l’avance. Dans un second temps, ils essuieront les plâtres d’un amphithéâtre de garnison (où ils choisissent leur poste d’interne) dématérialisé, par informatique dans chaque faculté et là encore, le CNG n’a pas pu fournir aux étudiants ni à leurs responsables pendant les épreuves les « détails » pratiques de cette « innovation ». Mais ces soucis logistiques ne sont rien face au stress des derniers jours de 3 années de bachotage intensif où des étudiants jouent leur avenir. A tous mes amis D4, je souhaite beaucoup de courage et tout mon soutien.
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