samedi 29 janvier 2011

Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie. (A. Malraux)

« Docteur, quand vais-je mourir ? »
« Je ne sais pas, jamais… »


L’euthanasie refait l’actu. C’est une obscure commission parlementaire qui a voulu remettre le débat sur la table en déposant un texte qu’elle savait déjà retiré de sa substance avant même de la présenter en assemblée. Je cite la seule phrase que les médias ont retenue du texte : 
«Toute personne, en phase avancée ou terminale d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable, peut demander à bénéficier, dans les conditions prévues au présent titre, d’une assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur.» 
Comme beaucoup, je n’avais pas pris le temps de lire le reste de la proposition qui justifiait cet article 1 vide de sens pour tout praticien un peu tatillon sur la sémantique ! Personnellement, j’avais traduit ça par « le patient a le droit de demander… mais on autorise pas encore au médecin à accepter ! » La suite du texte prévoyait en fait les modalités pratiques, cela n’a servi à rien qu’en reparler, alors profitons-en.

Tout d’abord, je vais me resituer dans le contexte : jeune médecin, j’ai croisé beaucoup de patients souhaitant mourir mais je n’ai encore jamais croisé un patient me demandant de lui donner la mort. Et je n’ai pas encore travaillé dans une unité où la question se pose de temps en temps comme en cancérologie ou en unité de soins palliatifs. J’ai néanmoins croisé des patients aux maladies incurables dont en fin de vie, et me suis retrouvée démunies devant des situations de souffrance psychique ou physique extrême.

Ces demandes d’euthanasies sont extrêmement rares sur le nombre de patients que nous croisons. Les demandes réitérées après écoute voire soulagement du motif de la demande d’euthanasie sont du domaine de l’infiniment rare de l’aveu même des médecins de soins palliatifs que j’ai pu croiser. On légifère sur l’Un. La preuve : pour imager ces patients, on a toujours recours, médecins comme journalistes, à l’histoire de chasse. On crée donc la loi pour tous pour des situations d’exception, cruels dilemmes.

Comme je traite d’un sujet auquel je n’ai jamais été confronté, je vais partir sur des a priori sans doute amenés à évoluer.
Je suis hypocrite. J’ai déjà prescrit de la morphine et de l’hypnovel pour soulager des patients en fin de vie afin de les soulager. J’ai sans doute accélérée un peu leur mort inéducable sans surdoser ces médicaments ce qui me donne bonne conscience. Mais ne me demandez pas de prescrire du penthotal ou du curare pour provoquer délibérément la mort. 
Je suis lâche. Quand je prescris des médicaments délivrés en pharmacie, je laisse au patient la possibilité d’un mésusage (même si je le déconseille), y compris à visée suicidaire chez des patients dans des souffrances psychiques intenses comme les dépressifs. On ramasse tous les jours aux urgences les pots fendus mais pas cassés de ce qui ont tenté les cocktails sur ordonnance sans « succès ». Je pratique donc déjà le suicide assisté, mais pas sur commande.
Je suis schizophrène. Mon cerveau est coupé en deux de façon très subtile, il n’a pour l’IVG pas du tout le même scrupule à proposer pilule abortive et curetage d’un embryon viable. Viable ou vivant ? D’ailleurs je n’en sais trop rien mais les femmes n’avait pas attendus la médecine pour s’autoriser ce choix et en assumer souvent douloureusement les conséquences. Je comprends donc par l’histoire de l’IVG que la médicalisation de ces suicides soit profitable au patient pour optimiser l’efficacité du geste et limiter les « effets indésirables »… mais mon cerveau voit double.
Je suis peureuse. On sait réanimer mais pas ressusciter. L’acte de provoquer la mort est donc irréversible. Les dernières heures gagnées in extremis de patients mourants auprès de leurs proches sont tellement précieuses que je ne saurais les voler. Mystérieusement, beaucoup de mourants tiennent alors jusque la venue d’un proche ou une date anniversaire, certains enfants attendent une autorisation parentale et s’en vont. Quel risque à écourter ces instants ?
Je ne sais pas assumer. J’aime le travail en équipe et respecte scrupuleusement les tâches de chacun. Le patient fait le choix du traitement. Le médecin prescrit. L’infirmier applique la prescription. L’aide-soignant accompagne le malade. Je ne suis donc pas seule à assumer mes décisions et à en supporter les conséquences. L’euthanasie est-il encore un travail d’équipe et une prescription comme les autres ? Le patient exprime son souhait, je prescris le toxique, l’infirmier pousse sur la seringue, l’aide-soignant passe dans la chambre vérifier que tout suit son court sans accros. Charmante journée.

Au quotidien, je frôle déjà ces situations dans les interruptions médicales de grossesse. Le législateur croit avoir tout encadré. Voilà la réalité : les parents font le choix entre une mort anténatale encadrée mais à assumer à vie et une survie aléatoire et douloureuse de l’enfant. Le médecin fait l’injection mortelle in-utéro. La sage-femme fait accoucher le mort-né. L’auxiliaire de puériculture présente le défunt à ses parents s’ils le souhaitent (quasiment toujours). Chaque personne impliquée dans le processus prend une part du poids de l’acte. C’est évidemment lourd pour les familles, mais c’est dans la répétition régulière de la « procédure » lourd pour les soignants. Le législateur nous délègue ces tâches justifiables créées par le droit car nous avons la maîtrise des techniques mais qui vont à l’encontre des aspirations qui nous ont conduit à choisir nos métiers.

L’empathie, la compréhension du mal-être de ces patients a parfois les limites de nos ressources morales. J’espère que ce billet permettra de mieux comprendre la voix des médecins sur ce débat infini. On comprend les souffrances mais quand on passe notre quotidien à faire fuir la mort, on peut se résoudre à l’accepter et rendre l’agonie si possible moins difficile mais on a du mal à devoir convoquer nous-même la Faucheuse.

lundi 10 janvier 2011

On croit au sang qui coule, et l'on doute des pleurs. (A. de Musset)

Grossesse nerveuse !

Des rires aux larmes, après le stage aux urgences, j’ai trouvé un nouvel ascenseur émotionnel : les consultations  des urgences gynécologiques !
De loin le tube le plus fréquent, ce sont les « métrorragies T1 » alias « femmes qui saignent en début de grossesse ».  Comme un cours de sémiologie, on retrouve une à une les causes variables produisant toujours le même effet  physiologique, mais toujours une cascade de réactions.
D’abord, les causes rares, graves comme la grossesse extra-utérine à laquelle je pense mais que je croise peu, passons. De même, la lyse d’un jumeau : perte d’un deuxième qu’on aurait jamais connu si on n’avait pas saigné avant la première échographie. Il paraît que la mort d’un jumeau affecte l’autre bébé, est-ce vrai à ce stade : une maman avait posé la question au 8è mois, mais au premier ?

Ensuite, fréquemment, on n’a pas la réponse de suite et on embarque les parents dans une course de fond stressante ponctuée soit de tests sanguins où les chiffres devraient  augmenter soit d’échographies si la chose est déjà  visible jusqu’à ce qu’un cœur batte. Moment d’émotion ultime et rare où la technologie rassure quand on peut montrer l’image qui se met en branle.
Une fois la réponse obtenue sur la « viabilité » de la grossesse explorée, on divise donc notre panel de femmes en 2 groupes : celles qui font une fausse-couche et celle qui n’en font pas. Et là, on croit voir la consultation prendre un autre tournant.
Souvent, pour les femmes jeunes qui ont l’avenir devant elle, la fausse couche est une étape à digérer mais la vie continue. On appuie un joli discours sur la fréquence élevée du phénomène, l’absence de causalité du couple et le choix de la nature de ne pas développer un bébé déjà malade. Sortant un peu du sentimentalisme primaire même si la passe est difficile, dans ce monde de l’enfant-roi où la mortalité infantile n’est plus, voir ces femmes afficher leur fragile grossesse au 1er trimestre voire dès le premier test-pipi victorieux reste complètement naïf . Mesdames, 15% des embryons ne passent pas le cap… ce n’est pas la fac qui me l’a appris mais ma maman en prenant soin de retarder l’annonce de l’arrivée de ma petite sœur… peut-être serait-il judicieux que les jeunes filles aient conscience de cet état de précarité.
Mais l’exercice devient périlleux quand certaines ont entendu déjà au moins 3 fois le laïus sans parvenir au 2è trimestre, ou celles qui font des bébés tard et voient leur fertilité décliner dangereusement. Comme récemment une dame de 37 ans qui tremblait à l’idée de refaire une deuxième fausse couche en un an venue aux urgences à 5h après 3 gouttes de sang en 30 minutes. Persuadée de la précocité de sa démarche, je m’attendais un voir un petit vaillant… mais je n’ai jamais aussi bien vu un petit cœur faute de mouvements associés… Madame a pleuré très fort, Monsieur a crié très fort, et moi je n'ai jamais pu les apaiser faute de tact à propos à cette heure de garde avancée. Toute la journée, elle a pesté contre la « bonne femme » qui a fait la diseuse de mauvaise-aventure…

Enfin, pour l’autre moitié, il y a les bonnes nouvelles : les placentas facétieux qui saignotent alors que bébé va bien… le plus souvent l’image du cœur rassure  jusqu’à ce week-end  : une dame qui fond en larmes d’avoir fait des fausses couches quand elle voulait un troisième et qui regrette de voir celui-ci encore en vie alors qu’elle avait rendez-vous pour aller avorter ce matin car son couple bat de l’aile… le sort est parfois injuste !

jeudi 9 décembre 2010

S'ils savaient où se trouve ce qu'ils cherchent, ils ne chercheraient pas. (J. W. von Goethe)

Une des joies de ce nouveau semestre, c’est la technologie mise à disposition : quand je me charge des urgences gynécologiques, j’ai avec moi un petit bijou de technologie sans mode d’emploi : un échographe portable !

Que je vous explique : en médecine, ce qu’on apprend en échographie, c’est que c’est opérateur-dépendant. L’opérateur, c’est moi, et c’est là que ça se gâte !

Je rappelle : je ne suis ni radiologue, ni gynécologue mais interne de médecine générale. Le défi est donc énorme : j’ai dû apprendre à allumer l’appareil, y inscrire le nom des patients et utiliser l’imprimante le premier jour. Depuis, j’apprends le reste et ce n’est pas glorieux : 3 fois sur 4, je n’arrive pas à voir ce que je dois voir !

Le film qui se déroule sous mes yeux grâce (à cause…) de mes mains se résume à un vague fatras noir et blanc un peu mouvant (c’est mauvais signe… c’est que je ne vois que les intestins). Heureusement, j’ai droit à l’appel à un ami : mon chef, pour remettre les images à l’endroit et dans le contexte.

En pratique, morceaux choisis.

- La femme vient pour confirmer que son embryon de 15 semaines est encore vivant. Je vois un utérus vide, mon chef un bel embryon avec un cœur qui bat, ça prend tout l’écran. Failed.

- Souvent, je vois les cœurs des embryons battre (c’est tout ce qu’on me demande, savoir s’ils sont en vie), alors ne venez pas me demander de quelque côté est la tête ou les fesses : je vois juste un truc qui bouge vite dans un magma informe…

- Une autre vient pour majoration de ses règles à cause de fibromes, je vois un fibrome, et une boule noire indéterminée. Vu mon image et la localisation du « kyste », le chef conclut que je n’ai vu que le col de l’utérus, pas le reste…. La vessie que j’avais cru distinguer est en fait son fibrome. Le quinté dans le désordre.

- On m’appelle pour rechercher un décollement du placenta suite à une chute de maman à un mois du terme. Je ne sais pas quoi chercher. Je suis gratifiée par mon chef d’un « j’arrive jeune Padawan » Il a tout compris lui…

- Je suis appelée toutes les nuits pour repérer chez toutes les femmes venant aux urgences pour des douleurs de ventre, une torsion de kyste de l’ovaire, je sais pas voir les ovaires…

- Je vois des petits sacs compatibles avec des débuts de grossesse chez des femmes ayant tellement peu de béta-HCG (test sanguin « quantifiant » une grossesse) que je ne devrais rien voir… je ne sais donc pas ce que j’ai vu.

- Un collègue cherche à me convaincre d’arrêter de poser ma sonde endo-vaginale (une sorte de petit gode version techno) en position debout à côté de l’appareil, mais discrètement posée allongée car « ça fait peur »… il n’a pas vu quand je laisse en plus le préservatif de protection encore sanguinolent de la précédente à la vue de la suivante… Un peu d’organisation et ça rentrera dans l’ordre…

Heureusement, les choses s’améliorent et aboutissent parfois à de belles histoires : une nuit, je croise une femme qui vient pour des douleurs du bas-ventre sans signe de gravité, sauf qu’elle est censé être enceinte depuis 2 mois et que sur sa prise de sang et son écho, je ne vois pas grand-chose pouvant correspondre. Fausse couche ou erreur de date de début de grossesse ? Je l’ai revu hier après de multiples contrôles optimistes par mes collègues : je suis la première à avoir vu le cœur battre ! Là étrangement, je maîtrise le monstre : mesure, prend des photos, montre à Maman : c’est une grossesse en bonne voie, retour dans le circuit classique, ne revenez plus nous voir et bonne continuation ! 

jeudi 25 novembre 2010

Faire la moitié du travail. Le reste se fera tout seul. (J. Cocteau)

Le temps est venu de passer aux choses sérieuses : la thèse !

A la base, c’est censé être un travail de recherche qui conclut un doctorat universitaire, la fin du 3è cycle. Ça prend des années à pondre, en bossant à temps plein. On appelle ça une « thèse de science »… mais en fait, ce n’est pas ça que je ferai !

Je suis en médecine, donc pour tous ceux, qui, comme moi, n’ont pas fait un double-cursus de recherche avec un doctorat de sciences médicales, on a « seulement » à produire une « thèse d’exercice », une formalité administrative qui conclut les études et donne le droit de poser sa plaque. Dans certaines spécialités, on se doit de présenter un sujet important, souvent proposé par un chef, qui aboutit sur un travail de valeur. Sauf que ma spé, c’est la médecine générale, et on en est encore loin...mais on progresse grâce à l'universitarisation de la discipline, j'y reviendrais.

Du coup, il ne reste de la thèse que son apparat, et c’est déjà ça ! Il s’agit d’une présentation orale de 20 minutes  d’un travail plus ou moins long, plus ou moins en rapport avec la médecine puisque ce n’est pas une obligation. Dans ma fac, cela se fait en toge universitaire, charme complètement désuet  mais qui me plait beaucoup. Nous sommes jugés par des professeurs éminents (ou pas) et surtout des médecins avec qui on a un peu plus copiné pendant l’internat, qui ont plus ou moins suivi notre thèse ou notre parcours devant ses parents, ses potes, avec qui on boira ensuite une petite coupe de champagne en se faisant appelé « Docteur », moment crucial que les retardataires ne loupent jamais, contrairement au sermon d’hypocrite… pardon, le serment d’Hippocrate : instant solennel de l’entrée dans la corporation, mots toujours d’actualité mais nourris de nuances…

Pour en venir à ma petite actu, c’est la révolution ! J’ai donc incorporé un « groupe de thèse » sur l’étude de la dépression en soins primaires, pathologie sur-diagnostiquée et sur-traitée en France, en particulier en médecine générale. Je participerai donc à un groupe de recherche, petite goutte d’eau dans un projet européen, qui vise à mieux connaître  cette pathologie en médecine ambulatoire. Ça s’annonce passionnant, espérant que ça le soit encore dans deux ans. L’avantage, c’est que j’ai un sujet déjà ficelé qui ne laisse place à aucune fantaisie de ma part mais m’offre une voie royale pour mettre mon grain de sel en recherche clinique en soins primaires sans devoir m’y impliquer corps et âmes puisque les jalons sont déjà posés et pré-mâchés. Bien sûr, un sujet de mon choix, une question de mon goût, une démarche de mon cru aurait été plus valorisant sur l’instant mais bien plus laborieux pour un résultat bien moins glorieux faute d’expérience… Alors je me lance !

dimanche 14 novembre 2010

Gynécologue, c'est un métier accessible aux sourds. En effet il n'y a rien à entendre et on peut lire sur les lèvres. (Coluche)

Mois de novembre, donc nouveau semestre, déjà un an de bouclé sur les trois de l’internat !

Au menu cette fois : changement de ville, logement dans un internat (un vrai avec petites chambres, salle commune, services à deux pas et co-internes à domicile), et nouveau service, cette fois en gynécologie-obstétrique.

Bienvenue dans la médecine positive, du moins en obstétrique, où les femmes sont prises en charge médicalement pour ce qu’il y a de plus physiologique : les grossesses et les naissances. Cette aussi une médecine exigeante et donc un peu stressante où chaque mot est lourd de sens, où chaque plainte peut être une alerte sérieuse.

Au quotidien, on passe donc de femmes nageant dans le bonheur cotonneux de la grossesse et de la maternité épanouie, à d’autres stressée par cette période où le corps change, où l’être pas si fragile qui se développe en elles ne fait naitre que doutes, appréhensions et inquiétudes, ils y a aussi ses dames en larmes quand s’annonce un cancer du sein, la grossesse impossible ou la perte d’un fœtus… Un ascenseur émotionnel ce service !

Encore une fois, il faut s’adapter vite à ce nouvel hôpital : son plan, son organisation, ses logiciels, ses habitudes. Et première découverte, moi petite généraliste, je suis la chirurgienne en première ligne : appelée aux urgences avant la chirurgie viscérale pour les douleurs du bas-ventre des femmes en âge de procréer, car le chirurgien est d’astreinte et moi sur place. C’est ce que m’a fait comprendre l’urgentiste qui m’a fait venir en pleine nuit pour une patiente douloureuse à une semaine d’une opération des intestins : quand mon chef l’a invité à appeler le chef des boyaux et a tourné les talons, elle m’a rétorqué « ça m’embête quand même de le déranger ». Moi non, visiblement…

Je me retrouve aussi projetée spécialiste des maux de maman, moi qui n’en suis pas une : mes seins me font mal, bébé tire trop fort dessus, combien de temps faut-il pour retrouver ses règles, sa sexualité, son 36, faire disparaitre les vergetures… Je me retrouve à filouter pour renvoyer les questions aux sages-femmes en gardant mon air assuré pour les examiner, à prescrire des crèmes, conseiller des lotions de parapharmacie, rassurer les mères sur leur rôle d’épouse. Les maux de grossesse qui ne s’apprennent pas vraiment dans les livres sauf complications majeures.

Au pays du rose comme les fesses de bébé, on parlera bientôt de celles qui voient noir et côtoient les enfers, du centre de planification où on explique l’histoire du combat féministe avant de présenter l’unité, de mon retour entre bouchers et gaziers à tenir les écarteurs du bloc opératoire. Ce stage promet d’être vraiment différent !

lundi 25 octobre 2010

Dans le vocabulaire des couturiers seulement, patron est synonyme de modèle. (A. d'Alost)

Contradiction hospitalière : l’équipe.

C’est ce qui fait la force ou le talon d’Achille de l’hôpital, on travaille en équipe. Pour les médecins, l’organisation et le projet médical sont tenus par le chef de service et son équivalent à l’échelle de l’hôpital : la commission médicale d’établissement (CME).
Cette organisation séculaire permet aux médecins de garder un œil sur l’orientation de la structure, au-delà des intérêts financiers ou administratifs, il se pose comme le garant de la qualité des soins, de l’expertise technique au profit de l’innovation dans le service. Ca, c’est un idéal. 

En pratique, les administratifs savent le rappeler, ce sont avant tout des médecins : soins et recherches sont leur domaine d’excellence, mais jamais, contrairement aux cadres infirmiers, ils n’ont été formés au management d’une équipe, à la gestion financière, à l’organisation en général. Du coup, mieux vaut avoir la chance de tomber sur un chef qui a les qualités de manager innées… Quand on sait que, notamment dans les petites structures, ces postes sont imposés aux plus anciens ou en tournante entre les médecins et plutôt par défaut, on comprend que le choix du chef, c’est la roulette russe.
Les conséquences pour les internes sont directes : désorganisation médicale du service qu’on nous demande de pallier en bouchant les trous de planning de nos séniors, réunionite chronique, désintérêt pour les conditions nécessaires à l’apprentissage comme l’organisation de cours ou l’accès facilité au plateau technique ou aux consultations. Quand le chef est quasi- absent ou n’assume pas son rôle souvent ingrat, on se retrouve avec une noria de sous-chefs aux propositions contradictoires que personne ne peut cadrer.  Ces problèmes sont fréquents, mais lorsque cela est visible alors que nous ne sommes là que provisoirement, ça prouve l’ampleur du phénomène.

A cela s’ajoute une donnée difficile à concilier : la demande de soins augmente alors que le nombre de médecins diminue, c’est la pénurie constante, aussi à l’hôpital. Là-aussi la majoration du nombre d’internes permet de boucher les trous. Un médecin formé contre un en formation assurant les mêmes fonctions, ça ne vous pose pas un problème ? Dans mon service, une ligne de garde archi-spécialisée va bientôt être confiée à des internes spécialisés plutôt que de créer une ligne de sénior supplémentaire associés aux mêmes internes que maintenant qui n’auront plus le loisir de se former, décision d’administratifs cette fois, une histoire de petit sous. 

Notre force, c’est aussi l’équipe. Ce semestre m’a permis de le découvrir avec mes collègues internes. Face à nos difficultés, nous avons toujours fait front, bloc uni face aux contradictions de notre hiérarchie, presque comme un réflexe de survie pour garder ce qui permet de continuer à se motiver pour notre formation : bonne humeur, équité dans la gestion des emplois du temps, soirées en dehors du service pour consolider le groupe, souplesse et adaptation maximum pour que les absents soit remplacés sans alourdir la charge, entraide aux quotidien. Une bouffée d’air frais dans la guerre des chefs !

dimanche 17 octobre 2010

La vie m'a appris une chose : quand il y a urgence, il faut parfois savoir ne pas se presser. (C. Blanc)

Tout a une fin, après 6 mois dans un service d’urgences, je claque la porte ! Le bilan du semestre est plutôt positif : c’est un stage difficile car la charge de travail est lourde, mais l’ambiance paramédicale et la masse d’apprentissage compense largement.

Ce billet d’humeur va surtout permettre de faire le point sur ce qui me semble le problème majeur des urgences : la masse de patient qui ne relèvent pas du service et donc qui engorge les couloirs pour rien et retarde la prise en charge des vraies urgences ! Ce guide est donc à l’usage de ceux qui hésitent avant de pousser la porte d’entrée, même si je sais qu’à cause de la pénurie de généralistes, de spécialistes, d’assistantes sociales, de place en maison de retraite, c’est vain !

  • Cas n°1 : vous avez mal au pied depuis 10 jours, à l’épaule depuis un mois, au dos depuis six mois… la radio que vous souhaitez peut attendre deux jours que votre généraliste ou rhumatologue vous la prescrive en cabinet de radiologie.
  • Cas n°2 : depuis six mois, la sécurité de mamie n’est plus assurée à la maison. Pas la peine de venir aux urgences pour la mettre « en urgences » « en convalescence ». Venez quand même, mais prévoyez qu’on remette mamie dans l’ambulance pour le retour à la maison si elle va plutôt bien, on vous laissera juste quelques contacts pour faire avancer la situation vous-même, comme vous auriez pu le faire avec le généraliste qui renouvelle l’ordonnance ou le CCAS du coin, les escarres causés par le brancard en moins !
  • Cas n° 3 : vous venez aux urgences à 4h du matin car un truc qui traine depuis une semaine mais qui vous a empêché de dormir. Sachez que vous empêchez le médecin de dormir, que vous êtes le vingtième depuis le début de la nuit qui l’empêche de dormir, qu’il travaille depuis 8h30 la veille… en clair il ne sera pas frais ! Donc en réduisant votre temps d’attente aux heures creuses, vous diminuez vos chances de guérison… à moins que ce soit vraiment une urgence vitale, fuyez !!!
  • Cas n°4 : vous venez pour une demande d’arrêt de travail déguisée, on ne vous connaît pas mais on ne vous sent pas sincère dans votre plainte : l’arrêt durera moins de trois jours où vous n’aurez pas d’indemnités.
  • Cas n°5 : ça ne va pas que vous dites. Mais vous venez sur vos pieds, pestez parce qu’à midi on ne vous a pas fourni un plateau repas, que le temps d’attente est trop long, vous faites des pirouettes sur le brancard malgré votre mal de dos, galochez votre conjoint malgré votre mal de gorge, exigez un fauteuil roulant pour votre mal de genou alors qu’on vous a vu arriver en courant, n’avez utilisé aucun produit de votre armoire à pharmacie malgré votre douleur insupportable depuis 3 jours…. Nous ne sommes pas dupes !
  • Cas n°6 : vous arrivez alcoolisé aux urgences. Sachez que si ça se voit trop, vous n’aurez pas légalement le droit d’y sortir en signant une décharge… attendez-vous à y finir votre nuit de folie, sanglé au brancard s'il le faut, question de sécurité : la vôtre et parfois la nôtre pour ceux qui ont l'alcool mauvais. Fallait y réfléchir avant !
A bon entendeur ! En cas de doute, parlez en à votre médecin... ou faites le 15.