Chose promise, chose due. Je réponds au précédent article, ou plutôt un des commentaires.
L’un d’eux évoquait le fait que j’avais visiblement du mal à assumer les critiques, « qualité première d’un médecin ». Est-ce vraiment la première qualité du médecin, et d’abord, qu’est-ce que le médecin idéal tel que la société nous le renvoie ?
Tout d’abord, on nous explique à l’heure où nos collègues s’orientent, cherchent leur voie, se cherchent tout court, que « faire médecine », c’est une « vocation », voire même un « sacerdoce ». Un de ces métiers où l’on rentre dans les ordres, et c’est d’ailleurs en parti vrai !
A peine sorti de l’adolescence, je suis déjà l’erreur du casting : j’ai presque fait médecine par défaut, j’y suis allée pour voir sans trop savoir en me disant que si c’était un échec, je flirterais avec les langues vivantes, mon autre domaine de prédilection au lycée avec les sciences fondamentales…, loin de mon cursus. Coup de poker réussi : c’est devenu une passion, mais toujours pas un sacerdoce. Quand mes compatriotes défendent leurs RTT, je ne tolérerais pas d’être joignable 7 jours sur 7, 24H sur 24, sans devoir non plus me borner à 35 heures pétantes. Et même si à Noël, j’ai eu une année la mallette du parfait praticien, ça n’aura jamais été ma «Vocation »
Ensuite, et c’est logique, déshabiller ses congénères sans qu’ils ne bronchent, ça réclame quelques qualités humaines : le respect, l’écoute, la tolérance, l’empathie… La liste est aussi longue que les bons sentiments. Et au risque de vous décevoir, on ne passe pas nos examens aux pays des Bisounours et ces qualités ne se jugent pas au travers des QCM du concours de 1ère année. Résultat : la population médicale, c’est la population tout court : au milieu des bons, y’a des cons, des intolérants, des timides frustrant ceux qui cherchent une autorité, des exubérants brusquant les plus timorés, des rats de bibliothèque pas doués en rapports humains.
Ca va de soi, on nous demande aussi d’être compétent. En médecine, ça se traduit par «conformes aux données acquises de la science» (Arrêt Mercier, 1936, base du droit médical) et comme toutes les bonnes viandes sont labellisées selon des chartes, on aura un jour droit à notre coup de tampon. Et d’emblée, il y a quelques malaises : il faut avoir buché pendant sa formation initiale, il faut continuer à se mettre à jour ensuite, ça s’appelle « la formation continue » car la science évolue très vite, en s’assurant d’avoir entre les mains ce qui n’est perverti par aucun conflit d’intérêt. Et enfin, le pavé dans la mare : la médecine n’est pas une science « exacte » et on est soumis aux « aléas thérapeutiques ». Traduction : même quand on est un crac, le traitement peut ne pas marcher, et on peut tomber sur un effet indésirable. Au jeu de la balance bénéfice/risque à l’échelle de la population, on joue un peu à la roulette russe à l’échelle individuelle. La Grippe A/H1N1 ou le vaccin = à quelle roulette russe jouer ? Même quand on fait de notre mieux, si on devait suivre l’idéal sociétal « tolérance zéro/principe de précaution », on serait voué à l’échec… Au passage, vous noterez que les consultations à 200€ des naturopathes, étiopathes, magnétiseurs et autres « médecines douces » ne sont pas soumis au même régime d’exigence. Comme quoi le français ne juge pas l’échec proportionnellement à l’investissement de départ !
Et comme on exige déjà tout ça de nous, pourquoi ne pas alourdir un peu plus la barque : on ne devrait pas refuser de soigner un patient, même quand il se comporte en connard de première envers nous, on ne devrait pas défendre notre profession parce qu’il y a quand même plus mal loti, ect. Alors non, « accepter les critiques » sans moufeter, ce n’est plus ma qualité première… N’en jetez plus sur mes frêles épaules, mes clavicules vont rompre !
Je ne demande pas à ce que votre médecin de campagne redevienne le notable du bourg de l’entre-deux guerres afin de retrouver sa superbe et son snobisme d’antan quand sa berline traverse la place de la mairie. Je voudrais juste qu’on accepte un peu plus nos failles… comme à chacun, même si nos responsabilités touchent à ce que vous avez de plus précieux, la santé.
NB : que cela ne vous rebute pas non plus à critiquer « mon clavier ». Même susceptible, Mary Putnam sait entendre vos critiques et les com restent un lieu de débat où chacun peut rajouter son grain de sel. ;)
L’un d’eux évoquait le fait que j’avais visiblement du mal à assumer les critiques, « qualité première d’un médecin ». Est-ce vraiment la première qualité du médecin, et d’abord, qu’est-ce que le médecin idéal tel que la société nous le renvoie ?
Tout d’abord, on nous explique à l’heure où nos collègues s’orientent, cherchent leur voie, se cherchent tout court, que « faire médecine », c’est une « vocation », voire même un « sacerdoce ». Un de ces métiers où l’on rentre dans les ordres, et c’est d’ailleurs en parti vrai !
A peine sorti de l’adolescence, je suis déjà l’erreur du casting : j’ai presque fait médecine par défaut, j’y suis allée pour voir sans trop savoir en me disant que si c’était un échec, je flirterais avec les langues vivantes, mon autre domaine de prédilection au lycée avec les sciences fondamentales…, loin de mon cursus. Coup de poker réussi : c’est devenu une passion, mais toujours pas un sacerdoce. Quand mes compatriotes défendent leurs RTT, je ne tolérerais pas d’être joignable 7 jours sur 7, 24H sur 24, sans devoir non plus me borner à 35 heures pétantes. Et même si à Noël, j’ai eu une année la mallette du parfait praticien, ça n’aura jamais été ma «Vocation »
Ensuite, et c’est logique, déshabiller ses congénères sans qu’ils ne bronchent, ça réclame quelques qualités humaines : le respect, l’écoute, la tolérance, l’empathie… La liste est aussi longue que les bons sentiments. Et au risque de vous décevoir, on ne passe pas nos examens aux pays des Bisounours et ces qualités ne se jugent pas au travers des QCM du concours de 1ère année. Résultat : la population médicale, c’est la population tout court : au milieu des bons, y’a des cons, des intolérants, des timides frustrant ceux qui cherchent une autorité, des exubérants brusquant les plus timorés, des rats de bibliothèque pas doués en rapports humains.
Ca va de soi, on nous demande aussi d’être compétent. En médecine, ça se traduit par «conformes aux données acquises de la science» (Arrêt Mercier, 1936, base du droit médical) et comme toutes les bonnes viandes sont labellisées selon des chartes, on aura un jour droit à notre coup de tampon. Et d’emblée, il y a quelques malaises : il faut avoir buché pendant sa formation initiale, il faut continuer à se mettre à jour ensuite, ça s’appelle « la formation continue » car la science évolue très vite, en s’assurant d’avoir entre les mains ce qui n’est perverti par aucun conflit d’intérêt. Et enfin, le pavé dans la mare : la médecine n’est pas une science « exacte » et on est soumis aux « aléas thérapeutiques ». Traduction : même quand on est un crac, le traitement peut ne pas marcher, et on peut tomber sur un effet indésirable. Au jeu de la balance bénéfice/risque à l’échelle de la population, on joue un peu à la roulette russe à l’échelle individuelle. La Grippe A/H1N1 ou le vaccin = à quelle roulette russe jouer ? Même quand on fait de notre mieux, si on devait suivre l’idéal sociétal « tolérance zéro/principe de précaution », on serait voué à l’échec… Au passage, vous noterez que les consultations à 200€ des naturopathes, étiopathes, magnétiseurs et autres « médecines douces » ne sont pas soumis au même régime d’exigence. Comme quoi le français ne juge pas l’échec proportionnellement à l’investissement de départ !
Et comme on exige déjà tout ça de nous, pourquoi ne pas alourdir un peu plus la barque : on ne devrait pas refuser de soigner un patient, même quand il se comporte en connard de première envers nous, on ne devrait pas défendre notre profession parce qu’il y a quand même plus mal loti, ect. Alors non, « accepter les critiques » sans moufeter, ce n’est plus ma qualité première… N’en jetez plus sur mes frêles épaules, mes clavicules vont rompre !
Je ne demande pas à ce que votre médecin de campagne redevienne le notable du bourg de l’entre-deux guerres afin de retrouver sa superbe et son snobisme d’antan quand sa berline traverse la place de la mairie. Je voudrais juste qu’on accepte un peu plus nos failles… comme à chacun, même si nos responsabilités touchent à ce que vous avez de plus précieux, la santé.
NB : que cela ne vous rebute pas non plus à critiquer « mon clavier ». Même susceptible, Mary Putnam sait entendre vos critiques et les com restent un lieu de débat où chacun peut rajouter son grain de sel. ;)
Tu dis ca vachement mieux que moi =D.
RépondreSupprimer(des années d'expérience à l'AAEMR en plus ?)
Au premier abord j'aurai dit non : c'est plus la lecture de quelques écrivains-médecins qui ont planché sur le sujet, ma réaction face à des reportages sur le milieu médical qui passe pour une corporation de dieux ou d'escrocs, selon l'angle choisi, par certaines réaction de patient surtout en stage de Médecine Générale, au cabinet.
RépondreSupprimerMais c'est vrai qu'au niveau associatif, beaucoup (asso ou étudiant lambda) soulève le problème de la sélection par les qualités humaines pendant la sélection des médecins en 1ère année et des spécialistes en 6è année... Mais ça pose quelques problèmes : la subjectivité des critères, la nécéssité d'un jury (à moins qu'on prouve que les tests psycho-techniques soumis aux futures élèves infirmière marchent...), et la partialité de ce jury.
excellent ! j'aime cette réponse à anonyme !!! je pense qu'il faut absolument continuer de stimuler mary putman pour qu'elle nous livre les meilleurs billets, dont ce dernier fait nécessairement partie.
RépondreSupprimerN'en jetez plus les gars ! C'est super sympa mais j'en veux à personne pour la critique précédente, au contraire, elle m'a fournie un peu d'inspiration ;)
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