lundi 4 janvier 2010

La grippe, ça dure huit jours si on la soigne et une semaine si on ne fait rien. (R. Devos)

Un bon cal a consolidé ma fracture numérique, le blog repart !

Actualité oblige, avec un temps de retard, parlons grippe A/H1N1.
Le débat sur le risque pandémique, l’intérêt ou pas de vaccin, la politique de santé publique de l’Etat vous as déjà rebattu les oreilles, Internet regorge déjà de nombreuses information (plus de 16 millions de réponses pour « Grippe A » sur Google), voyons le virus sous un angle plus pragmatique : la vraie vie des vrais gens.

D’abord coté patient : lors des gardes aux urgences, on en croise quelques uns. Ils viennent tous pour la même chose : fièvre, toux, courbatures. Comme lors des grippes saisonnières, ils sont assez abattus. Au passage, contrairement aux idées reçus, on ne fait pas de test diagnostique à tout va, donc le caractère « A/H1N1 » n’est pas prouvé à l’échelle du patient, même si les enquêtes épidémiques par les médecins sentinelles (GROG) et les patients hospitalisés orientent actuellement vers celle-là.
J’apprends donc à prescrire le fameux Tamiflu* (Oseltamivir) à grande échelle comme préconisé actuellement, alors qu’à la fac, on m’avait bien prévenu : ce médicament n’a d’effet sur la diminution de la durée des symptômes et la contagion que lorqu’il est prescrit aux sujets atteints de maladie grave ou chronique dans les 48 premières heures. Surtout, arrêtons de réfléchir… la grippe menace.

Et c’est là qu’on fait des erreurs :
  • un médecin voit une grippée de 58 ans sans facteur de risque. Elle ressort du cabinet avec du paracétamol et des règles d’hygiène : attitude adaptée.
  • A J5 : la grippe persiste et s’intensifie : elle se retrouve sous oseltamivir : attitude recommandée par les experts nationaux (plus faible niveau de preuve en médecine) mais pas par les études cliniques de forte puissance sur le médicament (plus fort niveau de preuve)….
  • A J10, le traitement se termine mais les symptômes persistent, elle se rend aux urgences.
Une grippe ne dure pas 10 jours, il faut chercher autre chose et on trouve : une pneumonie à pneumocoque, une maladie plutôt grave qui nécessite vite un traitement antibiotique, là c’est automatique, car l’évolution peut être sévère. Voilà la particularité de cette grippe : sur 10 malades vus aux urgences, le virus a transformé des poumons en nid à microbe chez une patiente sans facteur de risque… La roulette russe a lâché sa balle au hasard.

La prochaine fois coté vaccinée et vaccinant, car c'est encore plus marrant…

Au passage, bonne année 2010, et surtout bonne santé à tous, ça vous évitera au moins de servir de cobayes aux bébés docteurs de tout poils !

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