samedi 6 mars 2010

Un expert, c'est un homme ordinaire qui donne son avis... quand il n'est pas à la maison. (O. Wilde)

Dès que je prends des vacances, le rythme du blog en prend un coup… mais tanpis : à causer médecine sur un blog, quand on prend des vacances, on coupe aussi la portion numérique de son travail !

Comme en ce moment, je suis un peu lassée de mon stage où le rythme reste trop pépère, je lis l’actu, beaucoup. Et en bonne Bretonne, c’est Ouest-France qui me narre le local. Que l’élite du reste de la France ou de Navarre ne soit pas trop condescendante envers notre « Ouest-Torchon » : il s’agit du plus grand tirage quotidien de France, loin devant nos quotidiens nationaux et il a le mérite de faire la part plus belle à l’actu internationale ou économique qu’à l’astrologie et aux chiens écrasés, son lectorat malgré tout vieillissant garde donc le cap vers les mers plutôt que le clocher. Je suis donc toujours attentive à sa version des faits, qui devient la version du coin… encore plus quand il s’agit de ma corporation. N° 19924 de ce matin, Page Bretagne : « Des généralistes s’opposent à la Sécu », ça nous change de d’habitude ! Les faits : trois médecins généralistes du Morbihan tarifient leurs consultations à 23€, le tarif des spécialistes, la sécurité sociale n’est pas d’accord, le tribunal tranchera.
L’argumentaire :
- Des médecins (ceux qui appliquent les 23€, syndiqués, mais on ne sait où) : la médecine générale est une spécialité aux yeux de la loi, elle doit donc être rémunérée comme telle, question de reconnaissance de la profession.
- De la sécu (Brigitte Palet, lambda de la CPAM de Vannes : son poste n’est pas précisé) : la médecine générale est générale et donc pas spécialisée

Comme je suis issue de la génération « lecture critique d’article » (scientifiques en théorie), au travail !
La loi dont parle les médecins, c’est celle qui a introduit depuis 2004 le DES (diplôme d’études spécialisées) de Médecine Gé. Avant, pas d’internat de 3 ans pour se former mais un résidanat de 2 ans, et pas de DES mais une « qualification en médecine générale », je suis donc une interne spécialisée, au même titre que mes collègues chirurgiens ou cardiologues. Sur le plan universitaire, la recherche spécifique en MG est reconnue dans le cadre de la Filière Universitaire de Médecine Générale avec ses Professeurs de MG, enfin elle est toute jeune et cherche ses marques. En effet, sur le plan international, la « family practice » ou « l’offre de soins de 1er recours » sont des spécificités reconnues et étudiées.
Les propos de la sécu me choquent, mais sont faciles à expliquer : placer la sécu en experte de la médecine générale et elle n’aura qu’un discours à visée économique puisque la maison brûle…
Ceux de mes "confrères" aussi : faire reconnaitre cette profession par l’euro symbolique, c’est taper par le petit bout de la lorgnette, qui plus est la moins populaire… Echec médiatique assuré ! Quand la loi HPST touchait à notre liberté d’installation, les jeunes ont vite compris qu’il valait mieux orienter le discours vers la possibilité d’une médecine à 2 vitesses… En effet, certains collègues auraient préférés se déconventionner de la sécu pour garder le caractère libéral de la profession afin de s'installer librement, et donc s’octroyer la possibilité d’honoraires libres sans remboursement des patients plutôt que de céder au chantage de l’Etat. Cette menace de toucher au porte-monnaie des électeurs en période de pénurie a porté, temporairement, ses fruits. Que nos pairs en prennent de la graine sur la communication politico-médiatique…
Coup de semonce final dans l’article, un des MG constatent que 460 postes d’internes de MG sont restés vacants en France aux ECN 2009, « l’état doit s’interroger sur ce manque d’intérêt pour cette profession qu’il faut valoriser ». Cet effet d’annonce m’énerve au plus au point car elle montre soit l’incompétence dans ce domaine du syndicaliste, soit l’acharnement à faire parler faussement les chiffres.
Rectification : il voit trop petit puisque 660 postes n’ont pas été pourvus et 612 concernent la MG ! Il s’agit en fait d’un tour de passe-passe ministériel en accord relatif avec la plupart des syndicats de médecins et d’étudiants ! En effet, certains étudiants invalident leur 6è année après l’examen et ne peuvent donc pas prendre de poste, hors le décret de répartition des postes doit sortir avant publication du classement, donc avant la fin de l’année universitaire. Ca laisse aussi la possibilité aux derniers d’avoir un choix entre diverses spécialités, mais surtout diverses villes. Afin que 50% des postes soient tout de même affectés à la MG, comme le préconise le rapport Berland, seul texte exploitable pour dessiner l’avenir de la démographe médicale, le ministère affecte environ 56% des postes en MG afin de retomber sur ses pieds une fois les candidats invalidés retirés du classement… 50%, c’est la répartition préconisée entre Médecine générale et autres spécialités pour que la pénurie touche de façon équitable toutes les spécialités. D’où chaque année un nombre prévisible de postes de MG factices rajoutés pour assurer l’avenir de la profession, ces postes que la profession fustige ensuite, le serpent abruti se mort la queue !
Question à ces médecins. S’ils s’intéressaient vraiment au futur de notre métier (et donc à ma carrière plutôt qu’à leur euro symbolique), savent-ils que toutes les études concordent pour attester que c’est le stage de médecine générale au cabinet en 2è cycle qui créé les vocations d'omnipraticien libéral et non nos stages en service de pointe ultra-spécialisés en CHU ? Ont-ils prit le soin de se porter volontaire pour accueillir un jeune dans leur cabinet pour lui faire partager ses joies et ses difficultés pour qu’on ait, comme nous le promettons à nos patients, un « choix éclairé » ? J’en doute quand je vois que depuis 2008 ce ne sont plus les finances mais la carence de maitres de stages qui ne permet pas d’ouvrir ce stage à tous comme c’est légalement obligatoire depuis 1997…
Petite technique pour mesurer l’effet des actes : arrêtez de lire les postes vacants mais la proportion d’internes en médecine générale dans les hauts du classement. Pointant au milieu, j’avais encore accès à de la chirurgie et quelques spécialités médicales, chose impossible quelques années en arrière, c’est que des vocations se sont crées depuis que le stage d’externe existe…

samedi 6 février 2010

La mort semble bien moins terrible, quand on est fatigué (S. de Beauvoir)

Comme c’est un thème récurrent en médecine, autant vous faire profiter du coté obscur de la force : la traversée du Styx ou le bruit de la charette de l'Ankou, notre faucheur local.

C’est assez impressionnant de voir comment nous sommes tous inégaux devant l’inévitable. La mort nous cotoit, certes pour la plupart pas quotidiennement mais régulièrement quand un proche, un membre de notre famille, ou une personnalité décède. La particulatité de mon travail, surtout dans le service où je suis, c’est non pas un évènement quotidien, mais l'idée fait parti de notre routine. Nombre de nos patients âgés ne décède pas dans le service mais frôle fréquemment la faux ou s’y préparent doucement, en perdant un peu de leur autonomie, ou en préparant l’avenir…
Depuis le début de mes études, j’ai été confronté à des situations de fin de vie rarement éthiquement complexe, mais toujours particulières :

  • L’homme complètement conscient qui voit sa température chuter préparant sereinement avec sa femme les cadeaux de tous les petits enfants pour l’année à venir. Une première expérience bouleversante.
  • La famille bouleversée à l’approche du décès le la mamie démente et grabataire depuis des mois, avec qui la conversation était depuis longtemps devenu impossible. Etrangement, j’avais cru naïvement qu’ils avaient débuté le travail de deuil pendant la perte d’autonomie et qu’ils penseraient que pour elle la mort serait un échappatoire à cette morne existence ? Mais ils nous parlent de transfert en réanimation, de sa faculté à les voir, les entendre ou à comprendre des conversations dans son état de semi-coma… chose qu’elle ne pouvait plus faire depuis un bail. Le défi est alors de combler notre décalage commun par des paroles rassurantes et des explications, que visiblement ils n’ont pas eu depuis longtemps. Didactique, doublement.
  • Paniquant devant la porte de la chambre d’une femme en train d’agoniser dont le mari vient de se rendre à son chevet, je retrouve un homme serein m’expliquant qu’il a beau ne pas avoir fait d’étude, il a ouvert des bouquins de médecine où il a pu comprendre que le cancer les mènerait là tôt ou tard… nous y voilà. Elémentaire.
  • La petite fillette de 8 ans chez qui j’ai appris un par un les étapes de la mort cérébrale en voyant s’éteindre les signaux un à un au beau milieu d’une nuit de garde. Glauque.
  • En réanimation encore, où fin de vie rime avec sauvetage d’une autre. On doit expliquer à une famille non francophone que les organes ne traverseront pas le Styx avec le reste s’ils le souhaitent… Finalement, le foie ne fera que traverser le mur puisque le hasard des attributions pourra sauver l’hépatique de la chambre voisine… Mais chut, le don est anonyme ! Salvateur.

Le point commun, c’est que pour tous, ce n’est pas le défunt qui vit difficilement le trépas, mais la famille. Quand nous discutons crument « prise en charge » avec nos séniors, ils savent vite nous rappeler qu’on aura beau leur proposer moultes médicaments pour guérir les maux déjà provoqués par nos remèdes, la fin sera toujours la même et ils l’attendent sereinement voire impatiemment, contrairement à nous qui perdons la bataille…

lundi 25 janvier 2010

Mais tout peut changer aujourd'hui, et le premier jour du reste de ta vie (E. Daho)

A faire un blog sur le quotidien d’une interne, j’en ai oublié une chose : raconter mon quotidien !

Côté hôpital, ça ne diffère pas trop de mon FFI. Le matin c’est la visite, car je suis encore dans un maudit service « pousse-chariot » même si ici il est trop lourd pour se prêter à l’exercice au sens propre d’une chambre à l’autre. Concrètement, il s'agit d'aller d'une chambre à l'autre et d'examiner chaque patient pour réadapter les prescriptions et préparer la suite de la prise en charge : les demandes d'examens, les projets de sortie... Souvent, on travaille à deux, mais en cas d'absence du sénior je prends les commandes ! L’après-midi, je partage avec mon « sénior » les courriers de sortie et l’examen des nouveaux patients. De temps en temps, je vois les familles des patients. Si vous voulez une idée du rythme dans les plus gros hôpitaux, c'est l'inverse : l'interne est seul jusqu'à ce que par miracle, un médecin se perde dans les couloirs du service ! Par chance, quelques médecins me donnent des mini cours sur des sujets que je juge obscur et je fais quelques gestes techniques... ou je transforme mes patients en vrai cobaye pour expérimenter mes petites mains, niark niark niark [rire narquois]...
Une fois par semaine, je suis de garde aux urgences, et donc je profite d’un repos de garde, sauf le vendredi et le samedi, ou je perds donc un vrai jour de repos… Les gardes sont plutôt intenses et le rythme hebdomadaire le maximum légal. La nuit, on peut être appelé en cas d’admission aux urgences, où nous sommes vraiment en première ligne (les deux chefs ne se réveillent qu’en cas de problème ou de coup de bourre, et selon eux, dès le moindre doute… mais mieux vaut affuter ses arguments avant de réveiller le lion qui dort...), de toute façon, les « vrais » urgences ne sont pas légion. Comme nous sommes seuls, on ne peut pas couper la nuit, mais certaines sont heureusement plus calme et nous offrent quelques heures de répit. On peut aussi être appelé dans les services, voire dans les annexes de l’hôpital comme la maison de retraite ou le secteur psychiatrique à l’autre bout de la ville.

La nouveauté par rapport à cet été, c’est l’enseignement à la faculté. Et comme mon service m’autorise à prendre facilement mes deux demi-journées hebdomadaires de temps universitaire, je me fais plaisir ! Tous les quinze jours environ, je retourne à la grande ville pour étudier. Le département de médecine générale demande à des « vieux » internes d’organiser des séminaires autour de thématiques comme les urgences, la gynécologie, les addictions, la communication ou la responsabilité médicale, dans le cadre des « soins de premier recours », c’est à dire d’une activité classique de généraliste dans un cabinet. Ils ont l’art pour utiliser tous les artifices de la pédagogie : alternance d’ateliers en petit groupe, de cours magistral, de travail individuel, de mise en situation, de rencontre avec des experts du sujet traité. Ca permet de passer une journée dynamique avec, enfin, une vision pratico-pratique de notre futur métier, et on touche du doigt de temps en temps,notre futur quotidien, pour ceux qui n’ont pas encore eu leur stage chez le praticien.
Petit à petit, mes études vont encore se diversifier et donc j’aurai à vous faire découvrir bien d’autres aspects de ma « routine » : préparation d’une thèse, participation aux formations continues des médecins déjà en exercice, ect.

mardi 19 janvier 2010

Il y a plus de vieux ivrognes que de vieux médecins (F. Rabelais)

Aujourd’hui la « vieillesse » fait le buzz dans notre actualité : les vieux vieillissent, les retraités augmentent, la démographie s’emballe quand nos baby-boomers deviennent papy-boomers ! Alors, comment fait-on ? Un seul leitmotiv : rester à la maison le plus longtemps possible, coûte que coûte ! Et bizarrement, les gens, pour une fois, n’en appelle pas aux aides sociales mais aux aides médicales ! Je m’explique.

Cas classique de gériatrie : c’est l’hiver, il fait froid, Mamie se sent pas bien, elle est hospitalisée pour une pneumopathie. Au passage, on lui trouve quelques soucis de mémoire « qui ont toujours été là », selon les proches, et une marche un peu trop dandinante… mais c’est assez important pour ne plus savoir couper le gaz en cas d’urgence ou se relever après un vol plané. Tout ça, la famille en a conscience, mais « elle a toujours su se débrouiller quand même ». Oui mais après ? Tous ses maux, avec le vieillissement, vont rarement vers un mieux. L’hôpital est alors là pour aiguiller : on explique comment mettre en place une aide ménagère à domicile, on justifie médicalement le passage d’infirmières ou de kinésithérapeute, autant de guetteurs à domicile quelques minutes par jour. Le reste du temps, la téléalarme accrochée au poignet rapproche des familles. L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) permet de ne pas privilégier que ceux qui le sont déjà.
Mamie chute à la maison. Cette fois, elle ne s’est pas loupé : retour à la case hosto. Pour lui réapprendre à marcher, on lui propose quelques semaines en convalescence, on renforcera les aides à la maison, l’APA aussi si sa dépendance augmente. Pour cette famille, les choses évoluent doucement, elle rentre dans le « système » et se rode aux aides sociales. On sent bien que les choses s’aggravent, une inscription préventive en maison de retraite est envisagée car à cause de la chambre à l’étage, les WC aux sous-sol et les couloirs trop étroit pour le rollator, le passage de l’ergothérapeute à la maison n’a pas pu faire de miracle.
Ca c’est quand ça va bien : une famille conciliante qui fait le « deuil » de l’autonomie de Mamie en acceptant la main tendue.

Mais on peut aussi faire un scénario plus hard. Depuis 3 ans, Papi perd la vue, progressivement, doucement, mais sûrement comme lui a dit à chaque fois son ophtalmo… Un jour, le voilà hospitalisé pour le temps d’un examen de routine. On rencontre la famille, et on parle du retour à la maison, celle qu’il n’aurait pas quitté si l’examen n’avait pas été envisagé. Et là, c’est le drame : le médecin est vraiment inconscient de faire rentrer chez lui un patient qui ne voit plus que des ombres et qui ne peut plus se débrouiller. On propose alors plusieurs solutions :
  • un garde-malade : trop cher
  • un hébergement temporaire : trop cher (certes, comme une maison de retraite…)
  • le garder chez vous : vous n’y pensez pas, il semble être gentil à l’hôpital mais c’est un sale caractère ! Et notre domicile n’est pas adapté à son handicap !
Que proposez vous ?
  • « Une maison de retraite, tout de suite ! » L’année d’attente minimum, ils ne l’entendent pas.
  • « Une convalescence en attendant» sans justification médicale…
C’est vrai que depuis 3 ans que la vue de Papi broie un peu plus de noir, cette hypothèse ne peut s’envisager qu’au dernier moment… Au final, cette famille casse-bonbon bronchera car on a pas rendu les papiers d’inscription assez vite pour passer à la commission du lundi suivant (une semaine de perdue pour un an d’attente avec 3 ans de retard…), usera une assistante-sociale et une infirmière coordinatrice à trouver un hébergement d’urgence… c’est à dire en repoussant le problème d’un mois. De quoi perdre la notion de l’urgence du temps qui passe comme un long fleuve tranquille…

Au passage, une petite information pratique offerte par la maison. Le jour où la maison de retraite vous appelle car une place est libre : c’est pas forcément pour y caser Mamie, mais vous savez alors qu’elle vient de prendre la première place sur la liste d’attente… pour la prochaine fois, au cas où. Mieux vaut prévenir que guérir : ça s’applique aussi aux aides sociales, et c’est encore mieux fait quand des professionnels vous accompagnent, et non les médecins ou les infirmières de l’hospitalisation de trop…

dimanche 10 janvier 2010

Le rire est un vaccin universel. (S. Berryer, dit Sim)

Ensuité côté vacciné. A titre perso, c’était plus facile qu’une lettre à la poste. J’ai pris le train des précurseurs, celui réservé aux professionnels de santé. En plein dans la polémique « Guillain-Barré » (au passage, 10 fois plus fréquent chez les grippés que chez les vaccinés)… Mon vécu : une picouze, 2 jours de courbature au biceps, et des moments de bonheurs sans panique ni masque à l’hôpital !
Comme tout bon interne, vacciné ou pas, j’ai ensuite été réquisitionné. Et là, le manège démarre : surtout évitez le pompon ! Ca commence par un planning à établir entre interne (mieux vaut ça que d’y faire plancher la DDASS qui perd tout bon sens dans les départements où ils s’en sont chargé !), jusque là, on s’en sort bien : 1 à 2 demi-journées par mois. Ensuite vient la réquisition de la préfecture : nominative mais non daté, remise par le service courrier de l’hôpital qui l’a eu par fax : cherchez pas, la procédure est purement illégale, mais on va pas pinailler pour si peu…
Enfin vient le jour J : d’abord on est pas attendu, puisque le centre n’a pas signalé de sous-effectif ! Mais comme on est là, quelle aubaine, la réquisition sera signée. Me voilà propulsé dans un box de consultation dans une pièce commune aux 3 médecins, pour un interrogatoire ; pour le secret médical, on repassera. On me donne 3 tableaux avec la conduite à tenir en fonction de l’âge, des pathologies et du traitement des patients. Quelques cas sont litigieux, donc soumis à mon interprétation et aux médecins du patient… qui n’ont ni eux ni moi été formé sur le vaccin. Improvisons avec bon sens, tact et mesure !
En une heure, je suis à peu près à l’aise : vaccin avec/sans adjuvant, une ou deux injections, plein ou demi-dose, ou pas de vaccin du tout. Le coté sympa c’est que je goutte à mon futur métier : le face à face sans lit ni brancard, des jeunes, des vieux, des bébés, des familles, des voisins qui préfèrent rester ensemble. La plupart ne sont pas malades. Tous compatissent envers ma fonction alors que je les plaints d’avoir au plus fort de la journée attendu 2 heures (par ma faute : 30 minutes pour régler le cas d’une patiente en accord avec son cancérologue alors que nous étions alors que 2 médecins…)
En fin de journée, je suis quand même vannée, j’ai accéléré le rythme pour épuiser la fil d’attente, c’est moi qui me suis effondrée ! J’avais l’impression de faire de l’abbatage à la chaine, de poser trop vite les questions : antécédents ? non, allergie ? non, traitement ? non. "PANDEMRIX 0.5 mL en une injection" et au revoir ma bonne dame !
Ouf, la prochaine le mois prochain, sauf qu’au 10 janvier, toujours pas de planning : les centres ne réclament pas ? la préfecture nous a oublié ? ou le semonce va tomber sans discernement ? Suspens…

lundi 4 janvier 2010

La grippe, ça dure huit jours si on la soigne et une semaine si on ne fait rien. (R. Devos)

Un bon cal a consolidé ma fracture numérique, le blog repart !

Actualité oblige, avec un temps de retard, parlons grippe A/H1N1.
Le débat sur le risque pandémique, l’intérêt ou pas de vaccin, la politique de santé publique de l’Etat vous as déjà rebattu les oreilles, Internet regorge déjà de nombreuses information (plus de 16 millions de réponses pour « Grippe A » sur Google), voyons le virus sous un angle plus pragmatique : la vraie vie des vrais gens.

D’abord coté patient : lors des gardes aux urgences, on en croise quelques uns. Ils viennent tous pour la même chose : fièvre, toux, courbatures. Comme lors des grippes saisonnières, ils sont assez abattus. Au passage, contrairement aux idées reçus, on ne fait pas de test diagnostique à tout va, donc le caractère « A/H1N1 » n’est pas prouvé à l’échelle du patient, même si les enquêtes épidémiques par les médecins sentinelles (GROG) et les patients hospitalisés orientent actuellement vers celle-là.
J’apprends donc à prescrire le fameux Tamiflu* (Oseltamivir) à grande échelle comme préconisé actuellement, alors qu’à la fac, on m’avait bien prévenu : ce médicament n’a d’effet sur la diminution de la durée des symptômes et la contagion que lorqu’il est prescrit aux sujets atteints de maladie grave ou chronique dans les 48 premières heures. Surtout, arrêtons de réfléchir… la grippe menace.

Et c’est là qu’on fait des erreurs :
  • un médecin voit une grippée de 58 ans sans facteur de risque. Elle ressort du cabinet avec du paracétamol et des règles d’hygiène : attitude adaptée.
  • A J5 : la grippe persiste et s’intensifie : elle se retrouve sous oseltamivir : attitude recommandée par les experts nationaux (plus faible niveau de preuve en médecine) mais pas par les études cliniques de forte puissance sur le médicament (plus fort niveau de preuve)….
  • A J10, le traitement se termine mais les symptômes persistent, elle se rend aux urgences.
Une grippe ne dure pas 10 jours, il faut chercher autre chose et on trouve : une pneumonie à pneumocoque, une maladie plutôt grave qui nécessite vite un traitement antibiotique, là c’est automatique, car l’évolution peut être sévère. Voilà la particularité de cette grippe : sur 10 malades vus aux urgences, le virus a transformé des poumons en nid à microbe chez une patiente sans facteur de risque… La roulette russe a lâché sa balle au hasard.

La prochaine fois coté vaccinée et vaccinant, car c'est encore plus marrant…

Au passage, bonne année 2010, et surtout bonne santé à tous, ça vous évitera au moins de servir de cobayes aux bébés docteurs de tout poils !

samedi 12 décembre 2009

Au village sans prétention, j’ai mauvaise réputation (G. Brassens)

Chose promise, chose due. Je réponds au précédent article, ou plutôt un des commentaires.
L’un d’eux évoquait le fait que j’avais visiblement du mal à assumer les critiques, « qualité première d’un médecin ». Est-ce vraiment la première qualité du médecin, et d’abord, qu’est-ce que le médecin idéal tel que la société nous le renvoie ?

Tout d’abord, on nous explique à l’heure où nos collègues s’orientent, cherchent leur voie, se cherchent tout court, que « faire médecine », c’est une « vocation », voire même un « sacerdoce ». Un de ces métiers où l’on rentre dans les ordres, et c’est d’ailleurs en parti vrai !
A peine sorti de l’adolescence, je suis déjà l’erreur du casting : j’ai presque fait médecine par défaut, j’y suis allée pour voir sans trop savoir en me disant que si c’était un échec, je flirterais avec les langues vivantes, mon autre domaine de prédilection au lycée avec les sciences fondamentales…, loin de mon cursus. Coup de poker réussi : c’est devenu une passion, mais toujours pas un sacerdoce. Quand mes compatriotes défendent leurs RTT, je ne tolérerais pas d’être joignable 7 jours sur 7, 24H sur 24, sans devoir non plus me borner à 35 heures pétantes. Et même si à Noël, j’ai eu une année la mallette du parfait praticien, ça n’aura jamais été ma «Vocation »

Ensuite, et c’est logique, déshabiller ses congénères sans qu’ils ne bronchent, ça réclame quelques qualités humaines : le respect, l’écoute, la tolérance, l’empathie… La liste est aussi longue que les bons sentiments. Et au risque de vous décevoir, on ne passe pas nos examens aux pays des Bisounours et ces qualités ne se jugent pas au travers des QCM du concours de 1ère année. Résultat : la population médicale, c’est la population tout court : au milieu des bons, y’a des cons, des intolérants, des timides frustrant ceux qui cherchent une autorité, des exubérants brusquant les plus timorés, des rats de bibliothèque pas doués en rapports humains.

Ca va de soi, on nous demande aussi d’être compétent. En médecine, ça se traduit par «conformes aux données acquises de la science» (Arrêt Mercier, 1936, base du droit médical) et comme toutes les bonnes viandes sont labellisées selon des chartes, on aura un jour droit à notre coup de tampon. Et d’emblée, il y a quelques malaises : il faut avoir buché pendant sa formation initiale, il faut continuer à se mettre à jour ensuite, ça s’appelle « la formation continue » car la science évolue très vite, en s’assurant d’avoir entre les mains ce qui n’est perverti par aucun conflit d’intérêt. Et enfin, le pavé dans la mare : la médecine n’est pas une science « exacte » et on est soumis aux « aléas thérapeutiques ». Traduction : même quand on est un crac, le traitement peut ne pas marcher, et on peut tomber sur un effet indésirable. Au jeu de la balance bénéfice/risque à l’échelle de la population, on joue un peu à la roulette russe à l’échelle individuelle. La Grippe A/H1N1 ou le vaccin = à quelle roulette russe jouer ? Même quand on fait de notre mieux, si on devait suivre l’idéal sociétal « tolérance zéro/principe de précaution », on serait voué à l’échec… Au passage, vous noterez que les consultations à 200€ des naturopathes, étiopathes, magnétiseurs et autres « médecines douces » ne sont pas soumis au même régime d’exigence. Comme quoi le français ne juge pas l’échec proportionnellement à l’investissement de départ !

Et comme on exige déjà tout ça de nous, pourquoi ne pas alourdir un peu plus la barque : on ne devrait pas refuser de soigner un patient, même quand il se comporte en connard de première envers nous, on ne devrait pas défendre notre profession parce qu’il y a quand même plus mal loti, ect. Alors non, « accepter les critiques » sans moufeter, ce n’est plus ma qualité première… N’en jetez plus sur mes frêles épaules, mes clavicules vont rompre !

Je ne demande pas à ce que votre médecin de campagne redevienne le notable du bourg de l’entre-deux guerres afin de retrouver sa superbe et son snobisme d’antan quand sa berline traverse la place de la mairie. Je voudrais juste qu’on accepte un peu plus nos failles… comme à chacun, même si nos responsabilités touchent à ce que vous avez de plus précieux, la santé.

NB : que cela ne vous rebute pas non plus à critiquer « mon clavier ». Même susceptible, Mary Putnam sait entendre vos critiques et les com restent un lieu de débat où chacun peut rajouter son grain de sel. ;)