Actuellement, une nième campagne de dénigration orchestrée contre les généralistes. Cette fois, c’est lemonde.fr qui mène la fronde. Comme beaucoup de membres de la sphère blogueuse des médecins généralistes, je souhaite y associer ma bafouille en droit de réponse. Encore un billet sur la politique de santé de ma part, toute ressemblance avec les billets de confrère n’est pas fortuite, étant dans le même bateau.
Pour commencer,
l’article en question. Faisons-en, génération oblige, sa lecture critique d’article « médical ».
On commence par une analyse démographique sur les régions lésées… tous les indicateurs prouvent qu’on ne peut estimer ces phénomènes à l’échelle régionale mais cantonale (c’est un sujet de campagne actuellement ?). Effectivement, c’est mécanique, les accès aux universités ont été verrouillés par un numerus clausus qui dans les années 90 était au plus bas selon une logique ministérielle simple : moins de médecins, moins de demande des patients… C’est pas ma faute à moi si ça ne marche pas comme ça !
Ensuite vient l’analyse de la loi HPST, dont peu de décret sont encore sortis. Le problème du « contrat santé solidarité », c’est que quand un médecin fait déjà 70h/semaine dans sa ville, il n’a plus que la nuit pour consulter en campagne si besoin..
Les études sont quasi-gratuites. Déjà, on ne parle pas des frais des étudiants (matériel, livres, frais de vie ect), même si, comme pour toute faculté française, nos frais d’inscription ne sont pas exorbitants. Mais contrairement aux futurs avocats, ingénieurs ou entrepreneurs, pour une grande majorité, nous assumons après nos études un service public. Par ailleurs, nous remboursons largement les CHU grâce aux gardes non payées et l'absence de paiement d’heures supplémentaires. De plus, nos fonctions au quotidien, dès la 4è année, permettent de combler les carences en secrétaires médicales, assistants de recherche clinique, infirmières, puis pendant l’internat, notre charge de travail permet à de nombreux services d’assumer leur carence de postes de médecins thésés, bien plus couteux. Tout ça à moindre frais pour le contribuable : moins que le SMIC horaire du début à la fin de nos études, hors de toutes les règles régissant l’activité salariée (RTT, droit des femmes enceintes, droit de grève des externes, non respect des repos de sécurité en particulier en chirurgie ou des jours de formation universitaire ect)
Une fois installés, contrairement aux spécialistes, nous sommes conventionnés en secteur 1, donc sans dépassement d’honoraires… pourquoi évoque-t-il nos honoraires qui s’emballent ? Par contre, ce sera sans doute le cas si des mesures contraignantes nous poussent au déconventionnemment. Le patient paiera... du moins ceux qui le peuvent au risque de gonfler la demande hospitalière. L’installation en libéral impose quand même un chiffre d’affaire prenant en charge des coûts que même la mairie la plus généreuse ne prendrait en charge et heureusement.
Les juges et les enseignants ont des obligations de services, ils sont directement rémunérés par l’Etat, profitent de leurs RTT, vacances, congés payés, arrêt maladie et retraite assurée. Nous avons le conventionnement, l’obligation de permanence des soins (organisation des gardes de nuit et week-end), les charges administratives qu’incombent nos relations avec la sécurité sociale. Pour une activité libérale peu rémunératrice au regard des contraintes, sans avantages sociaux, c’est déjà pas mal. Et comme le salariat n’est étrangement pas rentable en médecine ambulatoire…
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HUDON, Normand (1929-1997)
«Médecin de campagne circa 1870» |
Faudra qu’on m’explique comment l’augmentation du nombre de postes en première année et la répartition des postes de spécialistes en 6è année influence les jeunes générations sur leur installation ? Ce n’est pas l’ouverture des vannes qui créé l’attrait pour la chlorophylle. On évoque notre mobilité… mais nous ne sommes pas non plus des oiseaux migrateurs : au gré d’une vie, on a l’occasion de bouger pour suivre un conjoint, se plier à ses mutations professionnelles, au mieux à un projet de vie mais peu quittent leur région d’internat finalement. Nous nous féminisons, mais une femme en libéral a aussi un défi de rentabilité de son cabinet, ce qui ne la rend donc pas moins productive qu’un homme, contrairement à la paperasse imposée par la Sécu. Par ailleurs, ce ne sont pas les rares CHU (en future diminution ?) qui attirent les médecins vers les zones urbaines mais la Poste, les écoles, les confrères infirmiers, laborantins ou radiologues, les restaurants, les cinémas, le centre hospitalier local, l’arrivée rapide du SAMU, la bibliothèque, le travail du conjoint, le supermarché, la pharmacie, la crèche… à quelques détails près comme tous nos chers « contribuables ».
Le débat n’est pas clos pour les mesures coercitives, mais après en avoir débattu pendant ces 3 dernières années avec le ministère, on a quand même évité à Xavier Bertrand de nous le remette sur la table. Il affirme considérer l’abandon des mesures coercitives comme un acquis car improductif. Pourvu que ça dure un peu, ce ne sera pas éternel mais en attendant, ça nous fait des vacances ! Le Contrat d’Engagement de Service Public (obligation d’installation en zone sous-dotée contre rémunération des études) ne sera un succès que quand on pourra voir ses effets démographiques, mais pour l’instant, le contribuable paie déjà des étudiants qu’ils jugeait dans les brèves de comptoir déjà « pourri-gaté ».
Je partage (pour une fois), son analyse sur les bénéfices des structures de santé pluridisciplinaires et la délégation de tâches entre professions de santé, sur les difficultés de mise en œuvre mais je regrette de cet érudit le manque de proposition pour pouvoir avancer (le guichet unique en est une). N’ayant pas de recul pour défendre la tarification à l’acte, je ne suis pas fermée a priori à la rémunération forfaitaire, à condition qu’elle ne se fasse pas comme dans nos maisons de retraites à partir du 1 avril (rémunération équivalente à une consultation par mois chez des patients que les généralistes voient plusieurs fois par semaine en période de pathologie aiguë, faisant économiser des hospitalisation couteuses à la sécu, et je passe sur les lourdes contraintes supplémentaires qu'impliquent ces contrats obligatoires…)
Enfin, la cerise sur le gâteau déjà bien gras : la signature. Ce pamphlet n’est pas celui d’un journaliste mais d’un « confrère » ! Un homme payé au moins deux fois par l’Etat : PUPH, il est donc rémunéré par son hôpital et sa faculté pour des activités non contrôlées. Cet hospitalier parisien est donc proche des sphères de pouvoir mais loin de l’activité libérale de campagne dont il se veut le défenseur… et jamais il ne s’y sacrifiera. Pour le reste «
directeur honoraire » et «
pôle santé du club Jade » ne résume pas plus son expertise en démographie médicale qui justifie sa publication sur un média national… Son think tank critique ses confrères au lieu de proposer. Encore l’hôpital qui se moque de la charité…