« Baptême du feu ». L’expression de la semaine ! 15 patients rien qu’à moi. Et l’infirmière, et les aides-soignantes, et mon chef, et leurs familles. J’avais plein de questions, mais j’avais oublié qu’eux aussi en ont plein pour moi ! A chacune, j’ai le stress de ne pas savoir répondre et je crie victoire quand ça me parait évident.
15 patients, ça fait 15 histoires différentes à ingurgiter et de nouvelles tous les jours. 15 combinaisons de traitements, plus ou moins tous ressemblant. 15 auscultations. 15 x 10 demandes d’examens complémentaires à demander et à analyser ensuite. 15 demandes de sorties. 15 familles et des courriers de sortie qui souhaitent un résumé de ces 15 000 paramètres… Mon cerveau saturerais presque, tout se croise, se mélange, et c’est Bagdad tous les jours dans mes neurones !
Alors que j’ai passé un an dans mes bouquins, je viens de faire la découverte du siècle : ça n’a pas servi à grand-chose pour affronter ma première semaine ! Aucun de mes petits tracas quotidiens n’a trouvé réponse dans mes livres. Comment on remplit un arrêt de travail et pour combien de temps ? Comment et quand peut-on prescrire la visite de l’infirmière à domicile ? Comme se traduit en langage pratique « augmentation de la posologie à dose progressive et surveillance régulière du ionogramme » ? Tout mes arbres diagnostiques volent en éclat devant le patient lambda.
Heureusement, on me bichonne un peu. Les internes qui m’ont connu « externe » se plient en quatre, compatissant, pour que la marche soit moins haute, les infirmières tolèrent (presque) sans broncher mes prescriptions un peu lunatiques, mon chef grimace jaune mais garde son calme devant certaines initiatives trop hasardeuses… Même les patients sont avec moi : pas de cœur à s’arrêter cette semaine alors que certains ne tiennent qu’à un fil. Y'en aura juste un à me trouver "pas commode la doctoresse" soit moins que le quota tolérable...
Ouf. Moi aussi j'ai survécu avec mon cerveau ramolli.
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