lundi 10 août 2009

Entre presque oui et oui, il y a tout un monde (A. de Musset)

Officiellement, l’administration hospitalière m’a recruté comme "FFI". A part des réminiscences de faits de résistance pendant la seconde guerre mondiale, ce titre n’évoque rien à personne…
Donc dans le service, patients ou soignants, je suis déjà « interne », c’est quand même bien plus simple ! D’ailleurs, visiblement, la lingerie a aussi oublié de faire la distinction (contrairement à quelques collègues aussi mal capés que moi).
Il m’arrive même de prendre du galon grâce à mon chef : « Bonjour, c’est la visite des docteurs ». Personne derrière ? Donc oui, l’autre doc, c’est bien moi ! Il y a même un patient qui accepte spontanément de me monter en grade : c’est le même que celui du billet précédent qui s’entête à réclamer la « doctoresse ». Quand nos ministres se demandent encore s’il faut dire « Madame le/la ministre », je me contenterais aisément d’un « mademoiselle le docteur » au lieu de ce brin de féminité un peu trop surannée…
Ca ne m’empêche pas 10 minutes plus tard de voir un autre patient qui raccroche rapidement son téléphone car « y’a la visite de l’infirmière ». 2/3 de femmes dans nos promotions, mais la féminisation de la profession aux yeux de la société n’est pas encore d’actualité.
Mais quand il s’agit d’intervenir auprès de correspondants avisés (futurs confrères, autres services…), je garde mon titre de « Faisant-Fonction d’Interne » comme une excuse de débutante signifiant « ne m’en voulez pas de vous déranger, je ne suis pas encore interne pour de vrai, soyez indulgents s’il vous plait »


Alors que je ne suis que « presque » « pas encore médecin » pour seulement 2 mois, certains le restent pendant des années ! En fait, mon travail consiste à faire le travail de petites mains des médecins : la visite en salle, la surveillance quotidienne des patients, le relationnel avec les familles et les comptes-rendus de sortie. Pour moi, c’est un réel plaisir d’évoluer et mon statut transitoire me préoccupe peu. Mais comme le nombre d’interne n’est pas extensible à l’infini et qu’il vaut mieux occuper les médecins à pratiquer des actes plus lucratifs, nos hôpitaux ont trouvé la parade. Pour combler la carence, ils recrutent à tour de bras de jeunes médecins souvent africains, déjà «docteurs en médecine » dans leur pays d’origine, en leur promettant une spécialisation à la française, effective, mais pas forcément sur le sol français... Pour cela, on leur attribue ce statut bâtard de « presque rien». Bien sûr, ils ont le même statut que moi : embauchés en CDD sans le contingent de privilèges de leurs collègues français. Il va sans dire que le salaire n’a aucune commune mesure avec celui de mes pontes et, corvéables à merci, ils ne comptent pas leurs heures (contrairement à moi : 53 la semaine dernière, et c’est pas si énorme !). Ils rapportent donc à leur famille moins qu’un agent en fin de carrière _surveillant jalousement son nombre de « RTT » avec l’aide de syndicats_ que nos FFI n’ont pas (enfin si, le presque inconnu SNPADHUE).

Comme quoi, même chez les docteurs, la précarité existe !

2 commentaires:

  1. Ca poste 2 fois et ca s'arrete... Pffff, c'est lent, tout ca :p.

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  2. j'ai trouvé ce témoignage tres intéressant Mlle le docteur !

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